BRIZEUX ET AUGUSTE BARBIER. 233
ressort manifestement de ses compositions les plusimportantes, de la Curie, de la Popularité, de l’Idole,de Melpoméne ; elle est écrite en termes magnifiques,au début et à la fin du volume, dans les pièces intitu-lées Tentation et Desperatio; car ce livre, né de la révo-lution de Juillet, pour plus grande analogie avec elle,entr’ouvre le ciel d’abord et nous leurre des plus ra-dieuses merveilles; puis de mécompte en mécompte,il tourne au désespoir amer et crève sur le flanc commeun chien. M. Barbier a voulu nous montrer à quellesconséquences dernières, en politique, en morale, enart, descend, malgré quelques élans brisés, une sociétésans croyances, une terre qui n’a pas de deux; ilpousse à l’extrémité cette idée de néant, il décharnéson squelette, il le traîne encore saignant au milieu dela salle du festin, et l’inaugure dans les blasphèmespour nous mieux effrayer. Cette impiété, outrée à des-sein, est, on le conçoit, un rappel violent, et provoqueau retour; elle gît tout entière dans la logique dupoêle, nullement dans son cœur. Lui, poète, il aime lebeau et le saint, la pitié et l’harmonie, la noblesse etla blancheur, Sophocle, Dante et Raphaël; il s’écrieraitvolontiers avec l’esprit qui le tente, et serait heureuxde répéter toujours :
Quel bonheur d’être un ange, et, comme l’hirondelle,
De se rouler par l’air au caprice de l’aile,
De monter, de descendre, et de voiler son front,
Quand parfois, au détour d’un nuage profond,
Comme un maître le soir qui parcourt son domaine,
On voit le pied de Dieu qui traverse la plaine!