PAUL HUET.
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Rien sur le premier plan, hormis quelques vêtementslaissés : une blouse, des instruments de travail, unechèvre couchée auprès; puis, au premier fond, derrièrele monticule du premier plan, une espèce de ravinfourré d’arbres, et, dessous, quelque paysan qui som-meille; plus haut, la côte du château, blanche, nue,calcaire, avec les ruines sévères qui la couronnent;mais à droite, cette côte blanche s’amollissant encroupes verdoyantes, souples, mamelonnées, et au som-met de l’une de ces croupes, des génisses qui paissent,et un rayon incertain de soleil qui tombe et qui joue.A gauche, au pied de'la montée, commence la plaine :le village est là avec son enclos de verdure, et sa flèchequi domine; on distingue en avant les sillons des pièceslabourées et les plans potagers des jardins, mais audelà du village la plaine fuit en s’élargissant; lesfermes et les enclos s’y effacent; la rivière y serpentecomme un filet ; le ciel est voilé, bien que spacieux, etde grands nuages échevelés le parcourent, venus del’Océan ; pourtant çà et là il est crevé en azur, etquelque rayon effleure par places le lointain de laplaine : une fumée montante anime le fond et se dé-tache en tournoyant sur l’uniformité bleuâtre des ho-rizons redoublés qui se confondent avec le gris plusfoncé des nuages. Oh ! c’est bien là, du côté de la Pi-cardie et près de la mer, cette Normandie grasse etféconde, ouverte et reposée, sans beaucoup d’éclat,sans transparence, mais non sans beauté ni sans gran-deur; c’est bien elle avec ses ruines sévères, son cielvariable, sa forte terre de labour et sa végétation ni