JULES LEFÈVRE.
253
parlé; l’auteur a cru devoir dire à ce sujet, dans soningénieuse préface ; « Je ne pense pas qu’on m’accuse« d’avoir abusé des épigraphes. Cela se pourrait pour-« tant, car on les a déjà blâmées sur parole. La seule« excuse que je puisse alléguer, c’est que le soin de« les choisir est le seul plaisir qui m’ait dédommagé« de l’ennui de les imprimer. C’est, à la tête de chaque« pièce, une sorte de préface anthologique qui vaut« mieux que ce qu’elle annonce. Si je me suis cherché« des échos dans plusieurs langues, pour me donner« la singulière consolation de voir que l’on souffrait« partout, il me semble qu’il y aurait de la dureté à« m’en faire un reproche. N’y a-t-il pas, d’ailleurs,« quelque modestie à mettre tant de pierres précieuses« en regard de sa pauvreté? » Je ne chicanerai pas lepoète sur cette prétendue modestie, qui pourrait sem-bler à plusieurs une très-innocente et très-excusablevanité; je serais fâché d’être dur, en insistant sur unsimple caprice de cœur souffrant. Cette bigarrure d’épi-graphes n’a de valeur, à mes yeux, que parce qu’elledénote une des circonstances les plus caractéristiquesde la création et de la composition chez M. Jules Le-'fèvre. Avant d’arriver, en effet, à l’expression directedu sentiment qui l’émeut, le poète érudit fait volon-tiers le grand tour; il se souvient de tout ce qu’il a luen diverses langues de plus ou moins analogue à cequ’il sent; il traverse laborieusement cette infinité deréminiscences ; il y réfracte mainte et mainte fois sapensée primitive, et elle ne nous parvient, quand ill’exprime, que déjà détournée de sa route et dépouillée
15
H.