M. LOUIS DE CARNÉ.
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à des affections monarchiques très-profondes ; beau-coup d’études, beaucoup de modération, quoique dansla première et fervente jeunesse, une probité pleine dedésintéressement et même d’esprit de sacrifice, à un âgeet dans des situations facilement accessibles aux vuesambitieuses : tels étaient les mérites et la physionomiebien rare de cette école du Correspondant, qui poursuitencore aujourd’hui ses honorables travaux dans la Revueeuropéenne. Ses défauts étaient une grande timidité,une pâleur indécise dans les conclusions, des vues del’esprit en contradiction souvent avec les sympathies etles liaisons antérieures, et celles-ci, dans les cas ur-gents, paralysant quelquefois les autres; rien d’abou-tissant ni d’incisif; un certain ton ironique et peuflatteur dans l’acceptation même des faits devenus dé-sormais nécessaires; des concessions de détail à uneposition et à des alentours dont on ne pouvait ni nevoulait se dégager, et sur lesquels il s’agissait princi-palement d’influer avec lenteur. Ce dernier point con-stituait, à proprement parler, le seul but pratique decette école. Elle ne s’adressait pas au gros du siècle, àla masse de la jeunesse et de la population, que desaffections et des croyances contraires entraînaient bienau delà; mais, au sein du parti religieux et royaliste,elle cherchait à convaincre quelques esprits moinsimmobiles, moins irrémissiblement voués à l’entièretradition du passé, quelques âmes élevées et judicieuses,pures d’ambition, amoureuses de la vérité, et ne déses-pérant pas de la Providence, même dans des voies unpeu nouvelles. Sous la Restauration, cette école, on le