280 PORTRAITS CONTEMPORAINS,
l’idole à la mode. On avait fait de Mirabeau de bril-lantes et fantastiques peintures; Dumont venait quiremettait deux ou trois verrues à leur place sur ce grandvisage, et il a été honni.
Quoi qu’il en soit, le jugement total de la vie publi-que et privée de Mirabeau laissait l’idée de quelquechose de grand mais d’énormément souillé, d’une gros-sière débauche avec des éclairs de passion divine, d’unesouveraine et libre parole avec des besoins cupides ; et samémoire comme son corps, tantôt au Panthéon et tantôtsur la claie! Or, maintenant, voici le fils adoptif (1) deMirabeau, M. Lucas-Montigny qui vient, après trenteannées de soins, d’examen pieux et de collations scru-puleuses, instruire de nouveau ce grand procès, en ap-peler des jugements antérieurs, et, avec une quantitéde pièces précieuses en main, tenter la réhabilitation decette renommée qui est pour lui domestique. Ce pointde vue de réhabilitation et de plaidoyer continu pourrasembler dès l’abord bien étroit et contraire à l’informa-tion entière et impartiale de l’équitable postérité. MaisM. Lucas-Montigny ne saurait être pour Mirabeau cettepostérité froidement curieuse et assez indifférente auxconclusions; il ne faut pas le blâmer d’un effort et d’unbut auquel on devra et l’on doit déjà nombre de piècesauthentiques et de détails inconnus, puisés au trésorqu’il a pris peine à réunir; de plus indifférents n’eus-sent pas fait ainsi, et ils auraient sans (Joute fait beau-coup moins. Les deux volumes, qui composent la pre-
(1) C’est un mot poli pour dire « le flls naturel. »