Band 
Tome Premier.
JPEG-Download
 

466

MARIE STUART.

mesdiro, comme aussi pour avoir receu en l’estât de secrétaire sonfrère (Joseph Riccio), monstrant le vouloir beaucoup advancer, encorequ’il ne soit que un jeune homme de xvm ans et de nulle suffisance.

» Les causes de la mort de Davit on en allégué deux principales quifurent mandées à la royne d’Angleterre : l’une est que le roy, quelquesjours auparavant, environ une heure après minuict, seroit allé heurterà la chambre de la dicte dame qui estoit au-dessus de la sienne; etd’aultant que, après avoir plusieurs fois heurté, l’on ne luy respondoitpoint, il auroit appelé souvant la royne, la priant de ouvrir, et enfin lamenaçant de rompre la porte; à cause de quoy elle luy auroit ouvert-Laquelle ledict roy trouva seule dedens ladicte chambre; mais ayantcherché partout, il auroit trouvé dedans son cabinet, ledict Davit enchemise, couvert seulement d’une robe fourrée. — Qui est la princi-pale cause.

» L’aultre estoit parce que la royne d’Ecosse ne vouloit consentir niaccorder qu’il fut couronné roy, et aussi reffusoit presque tout ce quele roy lui demandoît, ce qu’il cuydoit procéder du conseil que ledictDavit donnoit à ladicte dame; à cause de quoi il s’estoit grandementirrité. Aultant en pensoient tous les seigneurs pour leur particulier '. »

Évidemment le fait auquel l’ambassadeur de France à Londres,Paul de Foix, attribue la mort de Riccio n’est pas exact. Riccio nefut pas surpris dans la chambre de la reine par Darnley deux joursavant le meurtre. Le meurtre était arrêté entre le roi et les con-jurés depuis bien plus de temps. Si Darnley avait surpris Riccio,il n’aurait pas manqué de le reprocher à la reine. C’est vraisem-blablement la connaissance que l’historien de Thou aura eue decette version qui lui aura fait dire :

« Rex quæ ad uxorem redierat... accepto Rizium cubiculum reginæingressum, ipse ad ostiolum, cujus clavem penes se semper habebat,accessit; ac præter morem intus oppesulatum cum offendisset, et pul-santi nemo responderet ex eo magnam irarum molem animo loquenstotam eam noctem pæne insomnem egit, etc. » Thuanus, t. Il, in-fol.,lib. XL, § xiii, p. 536.

Ce qu’il y a de certain, c’est que la jalousie de Darnley et sonambition, les familiarités excessives et l’intimité compromettantede Marie Stuart avec Riccio, et son éloignement pour Darnley fu-

1 Teulet, t. II, p. 119, 120.