284
MARIE STUART.
uniquement à sortir de la servitude 1 où elle étaitdepuis si longtemps retenue, à quitter l’île où elleavait tant souffert, en y abandonnant tous ses droits 2 .Elle se montrait prête à accepter toutes les condi-tions , pour donner à son âme et à son corps si affligésquelque repos, avant l’heure prochaine de sa fin 3 .Mais elle vit bien qu’à aucun prix on ne voulait larendre libre, et elle disait avec perspicacité et dou-leur : — « On allégué pour me retenir les vieillesexcuses du temps passé, tantost un changement enEcosse, tantost un trouble en France, tantost la dé-couverte d’une conspiration en ce pays, et en sommela moindre innovation qui puisse advenir en lachrestienté; de façon qu’il vaudroit autant qu’onme remît, comme les enfants disent, quand tout lemonde sera d’accord et content. Dieu par sa toutepuissance me soit en ayde et protection, et juge selonsa justice ma cause entre moi et mes ennemys,comme j’espère qu’il fera tost ou tard 4 . » Après un
1 Labanoff, t. VI, p. 133, 134.
2 Ibid. — 3 Ibid., p. 162.
4 Ibid., p. 182, 183. C’est probablement alors qu’elle fitces vers pleins de tristesse : ‘
Que suis-je, he'las! et de quoy sert ma vie?
Je ne suis fors qun corps privé de cueur,
Un ombre vain, un objet de malheur,
Qui n’a plus rien que de mourir envie.
Plus ne portez , o ennemis , d’envieA qui na plus lesprit à la grandeur !
Ja consommé d’excessive doulleur;
Votre ire en brief se voirra assouvie ;