ACTE II, SCÈNE II!.
JOCASTE.
Vous serez un tyran haï de vos provinces.
POLYNICE.
Ce nom ne convient pas aux légitimes princes;De ce titre odieux mes droits me sont garants :La haine des sujets ne fait pas les tyrans.Appelez de ce nom Étéocle lui-même.
JOCASTE.
Il est aimé de tous.
POLYNICE.
C’est un tyran qu’on aime,
Qui par cent lâchetés tâche à se maintenirAu rang où par la force il a su parvenir ;
Et son orgueil le rend, par un effet contraire,
Esclave de son peuple et tyran de son frère.
Pour commander tout seul il veut bien obéir,
Et se fait mépriser pour me faire haïr.
Ce n’est pas sans sujet qu’on me préfère un traître :
Le peuple aime un esclave, et craint d’avoir un maître.Mais je croirais trahir la majesté des rois,
Si je faisais le peuple arbitre de mes droits.
JOCASTE.
Ainsi donc la discorde a pour vous tant de charmes?Vous lassez-vous déjà d’avoir posé les armes ?
Ne cesserons-nous point, après tant de malheurs,
Vous, de verser du sang, moi, de verser des pleurs?N’accorderez-vous rien aux larmes d’une mère?
Ma fille, s’il se peut, retenez votre frère •.
Le cruel pour vous seule avait de l’amitié.
ANTIGONE.
Ah ! si pour vous son âme est sourde à la pitié,
Que pourrais-je espérer d’une amitié passée,
Qu’un long éloignement n’a que trop effacée?
A peine en sa mémoire ai-je encor quelque rang .
Il n’aime, il ne se plaît qu’à répandre du sang.
Ne cherchez plus en lui ce prince magnanime,
Ce prince qui montrait tant d’horreur pour le crime,Dont l’âme généreuse avait tant de douceur,
Qui respectait sa mère et chérissait sa sœur :
La nature pour lui n’est plus qu’une chimère ;
Il méconnaît sa sœur, il méprise sa mère;
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