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Théatre complet / de J. Racine : précédé d'une notice par M. Auger
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ACTE IV, SCÈNE III.

Oui, cruel, et c’est là le dessein qui m’amène ;Moi-môme à ce combat j’ai voulu t’appeler •

A tout autre qu’à toi je craignais d’en parler;

Tout autre aurait voulu condamner ma pensée,

Et personne en ces lieux ne te l’eût annoncée.

Je te l’annonce donc. C’est à toi de prouverSi ce que tu ravis tu le sais conserver.

Montre-toi digne enfin d’une si belle proie.

ÉTÉOCLE.

J’accepte ton dessein, et l’accepte avec joie ;

Créon sait là-dessus quel était mon désir :

J’eusse accepté le trône avec moins de plaisir.

Je te crois maintenant digne du diadème;

Je te le vais porter au bout de ce fer même.

JOCASTE.

Hâtez-vous donc, cruels, de me percer le sein,

Et commencez par moi votre horrible dessein :

Ne considérez point que je suis votre mère;Considérez en moi celle de votre frère.

Si de votre ennemi vous recherchez le sang,Reclierchez-en la source en ce malheureux flanc :Je suis de tous les deux la commune ennemie,Puisque votre ennemi reçut de moi la vie;

Cet ennemi, sans moi ne verrait pas le jour.

S’il meurt, ne faut-il pas que je meure à mon tour?N’en doutez point, sa mort me doit être commune ;Il faut en donner deux, ou n’en donner pas une;

Et, sans être ni doux ni cruel à demi,

Il faut me perdre, ou bien sauver votre ennemi.

Si la vertu vous plaît, si l’honneur vous anime,barbares, rougissez de commettre un tel crime .Ou si le crimé, enfin, vous plaît tant à chacun,Barbares, rougissez de n’en commettre qu’un.Aussi bien ce n’est point que l’amour vous retienneSi vous sauvez ma vie en poursuivant la sienne .Vous vous garderiez bien, cruels, de m’éparguer,

Si je vous empêchais un moment de régner.Polynice, est-ce ainsi que l’on traite une mère?

POLYNICE.

J’épargne mon pays.

JOCASTE.

Et vous tuez un frère!