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Théatre complet / de J. Racine : précédé d'une notice par M. Auger
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LES FRERES ENNEMIS/

POLYNICE.

Et j’ai pour moi les dieux.

ÉTÉOCLE.

Les dieux de ce haut rang te voulaient interdire,

Puisqu’ils m’ont élevé le premier à l’empire :

Ils ne savaient que trop, lorsqu’ils firent ce choix,

Qu’on veut régner toujours quand on règne une fois.

Jamais dessus le trône on ne vit plus d’un maître ;

Il n’en peut tenir deux, quelque grand qu’il puisse être ;

L’un des deux, tôt ou tard, se verrait renversé ;

Et d’un autre soi-même on y serait pressé.

Jugez donc, par l’horreur que ce méchant me donne,

Si je puis avec lui partager la couronne.

POLYNICE.

Et moi je ne veux plus, tant tu m’es odieux,

Partager avec toi la lumière des deux.

JOCASTE.

Allez donc, j’y consens, allez perdre la vie ;

A ce cruel combat tous deux je vous convie ;

Puisque tous mes efforts ne sauraient vous changer,

Que tardez-vous? allez vous perdre et me venger.

Surpassez, s’il se peut, les crimes de vos pères :

Montrez, en vous tuant, comme vous êtes frères;

Le plus grand des forfaits vous a donné le jour,

11 faut qu'un crime égal vous l’arrache à son tour.

Je ne condamne plus la fureur qui vous presse;

Je n’ai plus pour mon sang ni pitié ni tendresse :

Votre exemple m’apprend à ne le plus chérir ;

Et moi je vais, cruels, vous apprendre à mourir.

SCÈNE IV.

ANTIGONE, ÉTÉOCLE, POLYNICE, HÉMON, CRÉON.

ANTIGONE.

Madame... Oh ciel! que vois-je! Hélas! rien ne les touche!

HÉMON.

Rien ne peut ébranler leur constance farouche.

. ANTIGONE.

Princes.'

ÉTÉOCLE.

Pour ce combat, choisissons quelque lieu.