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Théatre complet / de J. Racine : précédé d'une notice par M. Auger
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T

ACTE V, SCÈNE V.

Un bonheur si commun n’a pour moi rien de doux ;

Ce n’est pas un bonheur, s’il ne fait des jaloux.

Mais le trône est un bien dont le ciel est avare .

Du reste des mortels ce haut rang nous sépare;bien peu sont honorés d’un don si précieux .

La terre a moins de rois que le ciel n’a de dieux.

D’ailleurs tu sais qu’Hémon adorait la princesse,

Et qu’elle eut pour ce prince une extrême tendresse :

S’il vivait, son amour au mien serait fatal.

En me privant d’un fils, le ciel m’ôte un rival.

Ne me parle donc plus que de sujets de joie :

Souffre qu’à mes transports je m’abandonne en proie ;

Et, sans me rappeler des ombres des enfers,

Dis-moi ce que je gagne, et non ce que je perds.

Parle-moi de régner; parle-moi d’Antigone :

J’aurai bientôt son cœur, et j’ai déjà le trône.

Tout ce qui s’est passé n’est qu’un songe pour moi :

J’étais père et sujet, je suis amant et roi.

La princesse et le trône ont pour moi tant de charmes,Que... Mais Olympe vient.

ATTACE.

Dieux ! elle est tout en larmes.

SCÈNE y.

CRÉON, OLYMPE, ATTALE, cardes.

OLYMPE.

Qu’attendez-vous, seigneur? la princesse n’est plus.

CRÉON.

Elle n’est plus, Olympe !

OLYMPE.

Ah ! regrets superflus !

Elle n’a fait qu’entrer dans la chambre prochaine ;

Et du même poignard dont est morte la reine,

Sans que je pusse voir son funeste dessein,

Cette fière princesse a percé son beau sein •.

Elle s’en est, seigneur, mortellement frappée ;

Et dans son sang, hélas ! elle est soudain tombée.

Jugez à cet objet ce que j’ai dû sentir.

Mais sa belle âme enfin, toute prête à sortir :

« Cher Hémon, c’est à toi que je me sacrifie, >•