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Théatre complet / de J. Racine : précédé d'une notice par M. Auger
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ALEXANDRE.

Les cliarmes d’une reine et l’exemple d’un roi,

Dès que je veux parler, s’élèvent contre moi.

Que n’ai-je point à craindre en ce désordre extrêmeJe crains pour lui, je crains pour Alexandre même.Je sais qu’en l’attaquant cent rois se sont perdus;Je sais tous ses exploits : mais je connais Porus.Nos peuples, qu’on a vus triomphants à sa suiteRepousser les efforts du Persan et du Scythe,

Et tout fiers des lauriers dont il les a chargés,Vaincront à son exemple, ou périront vengés.

Ht je crains...

ÉPHESTION.

Ah ! quittez une crainte si vaine;Laissez courir Porus où son malheur l’entraîne,Que l’Inde en sa faveur arme tous ses Etats,

Et que le seul Taxile en détourne ses pas.

Mais les voici.

CI.É0F1I.E.

Seigneur, achevez votre ouvrage ;

Par vos sages conseils dissipez cet orage :

Ou, s’il faut qu’il éclate, au moins souvenez-vousDe le faire tomber sur d’autres que sur nous.

SCÈNE II.

PORUS, TAXILE, ÉPHESTION.

ÉPHESTION.

Avant que le combat qui menace vos tètesMette tous vos États au rang de nos conquêtes,Alexandre veut bien différer ses exploits,

Et vous oflrir la paix pour la dernière fois.

Vos peuples, prévenus de l’espoir qui vous flatte,Prétendaient arrêter le vainqueur de l’Euphrate ;Mais l’IIydaspe, malgré tant d’escadrons épars,Voit enfin sur ses bords flotter nos étendards :

Vous les verriez plantés jusque sur vos tranchées,Et de sang et de morts vos campagnes jonchées,

Si ce héros, couvert de tant d’autres lauriers,

N’eût lui-même arrêté l’ardeur de nos guerriers.

11 ne vient point ici, souillé du sang des princes,D’un triomphe barbare effrayer vos provinces,