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Théatre complet / de J. Racine : précédé d'une notice par M. Auger
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ALEXANDlîE.

Ton indigne courage attend que l’on te prie!

11 faut donc, malgré toi, te traîner aux combats,Et te forcer toi-même à sauver tes États !L’exemple de Porus, puisqu’il faut qu’on t'y porte ,Dis-moi, n’était-ce pas une voix assez forte?

Ce héros en péril, ta maîtresse en danger,

Tout l’État périssant n’a pu t’encourager !

Va, tu sers bien le maître à qui ta sœur te donne.Achève, et fais de moi ce que sa haine ordonne ;Garde à tous les vaincus un traitement égal ;Enchaîne ta maîtresse en livrant ton rival.

Aussi bien c’en est fait, sa disgrâce et ton crimeOnt placé dans mon cœur ce héros magnanime.

Je l’adore ; et je veux, avant la fin du jour,Déclarer à la fois ma haine et mon amour ;

Lui vouer, à tes yeux, une amitié fidèle,

Et te jurer, aux siens, une haine immortelle.Adieu. Tu me connais : aime-moi si tu veux.

T.AXILE.

Ah 1 n’espérez de moi que de sincères vœux,Madame : n’attendez ni menaces ni chaînes ;Alexandre sait mieux ce qu’on doit à des reines.'Souffrez que sa douceur vous oblige à garderUn trône que Porus devait moins hasarder :

Et moi-même en aveugle on me verrait CombattreLa sacrilège main qui le voudrait abattre.

AX1ANE.

Quoi! par l’un de vous deux mon sceptre raffermiDeviendrait dans mes mains le don d’un ennemi !Et sur mon propre trône on me verrait placéePar le même tyran qui m’en aurait chassée !

TAX1LE.

Des reines et des rois vaincus par sa valeurOnt laissé par ses soins adoucir leur malheur.Voyez de Darius et la femme et la mère ;

L’une le traite en fils, l’autre le traite en frère.

AXIANE.

Non, non, je ne sais point vendre mon amitié,Caresser un tyran, et régner par pitié.

Penses-tu que j’imite une faible Persane;

Qu’à la cour d’Alexandre on retienne Axiane;