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Théatre complet / de J. Racine : précédé d'une notice par M. Auger
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ACTE V, SCÈNE III.

Mais Porus parmi nous court et s’ouvre un passage,Joint Taxile, le frappe ; et, lui perçant le cœur,Content de sa Victoire, il se rend au vainqueur.

CLÉOFILE.

Seigneur, c’est donc à moi de répandre des larmes,C’est sur moi qu’est tombé tout le faix de vos armes.Mon frère a vainement recherché votre appui;

Et votre gloire, hélas ! n’est funeste qu’à lui.

Que lui sert au tombeau l’amitié d’Alexandre?

Sans le venger, seigneur, l’y verrez-vous descendre ?Souffrirez-vous qu’après l’avoir percé de coupsOn en triomphe aux yeux de sa sœur et de vous?

AXIANE.

Oui, seigneur, écoutez les pleurs de Cléofile.

Je la plains. Elle a droit de regretter Taxile :

Tons ses efforts en vain l’ont voulu conserver;

Elle en a fait un lâche, et ne l’a pu sauver.

Ce n’est point que Porus ait attaqué son frère ;

11 s’est offert lui-même à sa juste colère.

Au milieu du combat que venait-il chercher?

Au courroux du vainqueur venait-il l’arracher?

11 venait accabler dans son malheur extrêmeUn roi que respectait la victoire elle-même.

Mais pourquoi vous ôter un prétexte si beau?

Que voulez-vous de plus? Taxile est au tombeau :lmrrolez-lui, seigneur, cette grande victime;Vengez-vous. Mais songez que j’ai part à son crime.Oui, oui, Porus, mon cœur n’aime point à demi ;Alexandre le sait, Taxile en a gémi -.

Vous seul vous l’ignoriez ; mais ma joie est extrêmeDe pouvoir, en mourant, vous le dire à vous-même.

i’OUUS.

Alexandre, il est temps que tu sois satisfait.

Tout vaincu que j’étais, tu vois ce que j’ai fait :Crains Porus; crains encor cette main désarméeQui venge sa défaite au milieu d’une armée.

Mon nom peut soulever de nouveaux ennemis,

Et réveiller cent rois dans leurs fers endormis •.Étouffe dans mon sang ces semences de guerre ;

Va vaincre en sûreté le reste de la terre.

Aussi bien n’attends pas qu’un cœur comme le mien

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