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Théatre complet / de J. Racine : précédé d'une notice par M. Auger
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ACTE I, SCENE 11.

Et, la flamme à la main. les suivre sur les eaux.

Oserai-je, seigneur, dire ce que je pense?

Vous-même de vos soins craignez la récompense,

Et que dans votre sein ce serpent élevé\e vous punisse un jour de l’avoir conservé.

Enfin, de tous les Grecs satisfaites l’envie,

Assurez leur vengeance, assurez votre vie :

Perdez un ennemi d’autant plus dangereuxQu’il s’essayera sur vous à combattre contre eux.

PYRRHUS.

La Grèce en ma faveur est trop inquiétée :

De soins plus importants je l’ai crue agitée,

Seigneur ; et, sur le nom de son ambassadeur,

J’avais dans ses projets conçu plus de grandeur.

Qui croirait en effet qu’une telle entrepriseDu fils d’Agamemnon méritât l’entremise ;

Qu’un peuple tout entier, tant de fois triomphant,

N’eût daigné conspirer que la mort d’un enfant?

Mais à qui prétend-on que je le sacrifie?

La Grèce a-t-elle encor quelque droit sur sa vie?

Et seul de tous les Grecs ne m’est-il pas permisD’ordonner des captifs que le sort m’a soumis ?

Oui, seigneur, lorsqu’au pied des murs fumants de TroieLes vainqueurs tout sanglants partagèrent leur proie,

Le sort, dont les arrêts furent alors suivis,

Fit tomber en mes mains Andromaque et son fils.

1 lécube près d’Ulysse acheva sa misère ;

Cassandre dans Argos a suivi votre père .

Sur eux, sur leurs captifs, ai-je étendu mes droits ?

Ai-je enfin disposé du fruit de leurs exploits ?

On craint qu’avec Hector Troie un jour ne renaisse !

Son fils peut me ravir le jour que je lui laisse !

Seigneur, tant de prudence entraîne trop de soin ;

Je ne sais point prévoir les malheurs de si loin.

Je songe quelle était autrefois cette villeSi superbe en remparts, en héros si fertile,

Maîtresse de l’Asie ; et je regarde enfin

Quel fut le sort de Troie, et quel est son destin :

Je ne vois que des tours que la cendre a couvertes sUn fleuve teint de sang, des campagnes désertes,

Un enfant dans les fers ; et je ne puis songer