118 andromaque.
J’allais, seigneur, pleurer un moment avec lui :
Je ne l’ai point encore embrassé d’aujourd’hui !
PYRRHUS
Ah madame ! les Grecs, si j’en crois leurs alarmes,Vous donneront bientôt d’autres sujets de larmes.
ANDROMAQUE.
Et quelle est cette peur dont leur cœur est frappé,Seigneur? QuelqueTroyen vous est-il échappé?
PYRRHUS.
Leur haine pour Hector n’est pas encore éteinte :
Ils redoutent son fils.
ANDROMAQUE.
Digne objet de leur crainte !
Un enfant malheureux, qui ne sait pas encor
Que Pyrrhus est son maître, et qu’il est fils d’Hector!
PYRRHUS.
Tel qu’il est, tous les Grecs demandent qu’il périsse.Le fils d’Agamemnon vient hâter son supplice.
ANDROMAQUE.
Et vous prononcerez un arrêt si cruel?
Est-ce mon intérêt qui le rend criminel?
Hélas ! on ne craint point qu’il venge un jour son pèreOn craint qu’il n’essuyât les larmes de sa mère.
11 m’aurait tenu lieu d’un père et d’un époux :
Mais il me faut tout perdre, et toujours par vos coups
PYRRHUS.
Madame, mes refus ont prévenu vos larmes.
Tous les Grecs m’ont déjà menacé de leurs armes :Mais, dussent-ils encore, en repassant les eaux,Demander votre fils avec mille vaisseaux ;
Coûtât-il tout le sang qu’Hélène a fait répandre ;Dussé-je après dix ans voir mon palais en cendre ;
Je ne balance point, je vole à son secours,
Je défendrai sa vie aux dépens de mes jours.
Mais, parmi ces périls où je cours pour vous plaire,Me refuserez-vous un regard moins sévère ?
Haï de tous les Grecs, pressé de tous côtés,
Me faudra-t-il combattre encor vos cruautés ?
Je vous offre mon bras. Puis-je espérer encoreQue vous accepterez un cœur qui vous adore?
En combattant pour vous, me sera-t-il permis