120 ANDROMAQUE.
Je les lui promettais tant qu’a vécu son père.
Non, vous n’espérez plus de nous revoir encor,
Sacrés murs, que n’a pu conserver mon Hector !
A de moindres faveurs des malheureux prétendent,Seigneur ; c’est un exil que mes pleurs vous demandentSouffrez que, loin des Grecs, et même loin de vous,J’aille cacher mon fils, et pleurer mon époux.
Votre amour contre nous allume trop de haine :Retournez, retournez à la fille d’Hélène.
PYRRHUS.
Et le puis-je, madame ? Ah 1 que vous me gênez !Comment lui rendre un cœur que vous me retenez?
Je sais que de mes vœux on lui promit l’empire ;
Je sais que pour régner elle vint dans l’Épire :
Le sort vous y voulut l’une et l’autre amener,
Vous, pour porter des* fers, elle, pour en donner.Cependant ai-je pris quelque soin de lui plaire?
Et ne dirait-on pas, en voyant au contraireVos charmes tout-puissants, et les siens dédaignés,Qu’elle est ici captive, et que vous y régnez ?
Ahl qu’un seul des soupirs que mon cœur vous envoieS’il s’échappait vers elle, y porterait de joie !
ANDROMAQUE.
Et pourquoi vos soupirs seraient-ils repoussés?Aurait-elle oublié vos services passés?
Troie, Hector, contre vous révoltent-ils son âme?Aux cendres d’un époux doit-elle enfin sa flamme?
Et quel époux encore ! Ah ! souvenir cruel !
Sa mort seule a rendu votre père immortel;
Il doit au sang d’Hector tout l’éclat de ses armes :
Et vous n’êtes tous deux connus que par mes larmes.
PYRRHUS.
Eh bien, madame, eh bien, il faut vous obéir :
Il faut vous oublier, ou plutôt vous haïr.
Oui, mes vœux ont trop loin poussé leur violence,Pour ne plus s’arrêter que dans l’indifférence :Songez-y bien ; il faut désormais que mon cœur,
S’il n’aime avec transport, haïsse avec fureur.
Je n’épargnerai rien dans ma juste colère :
Le fils me répondra des mépris de la mère ;
La Grèce le demande : et je ne prétends pas