126 ANDROMAQUE.
V
Leur apprit le premier le pouvoir de leurs armes ;Vous, que mille vertus me forçaient d’estimer;
Vous, que j’ai plaint, enfin que je voudrais aimer.
ORESTE.
Je vous entends. Tel est mon partage funeste :
Le cœur est pour Pyrrhus, et les vœux pour Oreste.
HERMIONE.
Ah î ne souhaitez pas le destin de Pyrrhus,
Je vous haïrais trop.
ORESTE.
Vous m’en aimeriez plus.
Àh ! que vous me verriez d’un regard bien contraire!Vous me voulez aimer, et je ne puis vous plaire;
Et, l’amour seul alors se faisant obéir,
Vous m’aimeriez, madame, en me voulant haïr.
Oh dieux ! tant de respects, une amitié si tendre,
Que de raisons pour moi, si vous pouviez m’entendreIVous seule pour Pyrrhus disputez aujourd’hui,Peut-être malgré vous, sans doute malgré lui :
Car enfin il vous hait ; son âme ailleurs épriseN’a plus...
HERMIONE.
Qui vous l’a dit, seigneur, qu’il me méprise?Ses regards, ses discours vous font-ils donc appris?Jugez-vous que ma vue inspire des mépris ;
Qu’elle allume en un cœur des feux si peu durables?Peut-être d’autres yeux me sont plus favorables.
ORESTE.
Poursuivez : il est beau de m’insulter ainsi.
Cruelle ! c’est donc moi qui vous méprise ici?
Vos yeux n’ont pas assez éprouvé ma constance?
Je suis donc un témoin de leur peu de puissance?
Je les ai méprisés? Ah! qu’ils voudraient bien voirMon rival comme moi mépriser leur pouvoir!
HERMIONE.
Que m’importe, seigneur, sa haine ou sa tendresse?Allez contre un rebelle armer toute la Grèce;Rapportez-lui le prix de sa rébellion ;
Qu’on fasse de l’Épire un second Ilion :
Allez. Après cela direz-vous que je l’aime?