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Théatre complet / de J. Racine : précédé d'une notice par M. Auger
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ANDROMAQUE.

fmmoler Troie aux Grecs, au fils d’Hector la Grèce !Tout cela part d’un cœur toujours maître de soi,

D’un héros qui n’est point esclave de sa foi.

Pour plaire à votre épouse, il vous faudrait peut-êtreProdiguer les doux noms de parjure et de traîtreVous veniez de mon front observer la pâleur,

Pour aller dans ses bras rire de ma douleur :

Pleurante après son char vous voulez qu’on me voie.Mais, seigneur, en un jour ce serait trop de joie ;

El, sans chercher ailleurs des titres empruntés,

Ne vous suffit-il pas de ceux que vous portez?

Du vieux père d’Hector la valeur abattueAux pieds de sa famille expirante à sa vue,

Tandis que dans son sein votre bras enfoncéCherche un reste de sang que l’âge avait glacé ;

Dans des ruisseaux de sang Troie ardente plongée ;

De votre propre main Polyxène égorgée,

Aux yeux de tous les Grecs indignés contre vous :

Que peut-on refuser à ces généreux coups?

PYRRHUS.

Madame, je sais trop à quel excès de ragef .a vengeance d’Hélène emporta mon courage ;

.le puis me plaindrè à vous du sang que j’ai versé :

Mais enfin je consens d’oublier le passé.

.le rends grâces au ciel que votre indifférenceDe mes heureux soupirs m’apprenne l’innocence :

Mon cœur, je le vois bien, trop prompt à se gêner,

Devait mieux vous connaître et mieux s’examiner.

Mes remords vous faisaient une injure mortelle :

11 faut se croire aimé pour se croire infidèle.

Vous ne prétendiez point m’arrêter dans vos fers :

J’ai craint de vous trahir, peut-être je vous sers.

Nos cœurs n’étaient point faits dépendants l’un de l’autreJe suivais mon devoir, et vous cédiez au vôtre.

Rien ne vous engageait à m’aimer en effet.

Il ERMIONE.

Je ne t’ai point aimé, cruel! qu’ai-je donc fait?l’ai dédaigné pour toi les vœux de tous nos princes :

Je t’ai cherché moi-même au fond de tes provinces ;

J’y suis encor, malgré tes infidélités,

El malgré tous mes Grecs, honteux de mes bontés :