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Théatre complet / de J. Racine : précédé d'une notice par M. Auger
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RR1TANNICUS.

L’attentat que le jour vient de nous révéler PIl sait, car leur amour ne peut être ignorée,

Que de Britannieus Junie est adorée !

Et ce même Néron, que la vertu conduit,

Fait enlever Junie au milieu de la nuit !

Que veut-il ? Est-ce haine, est-ce amour qui l’inspire?Cherche-t-il seulement le plaisir de leur nuire?

Ou plutôt n’est-ce point que sa malignitéPunit sur eux l’appui que je leur ai prêté?

ALBINE.

Vous leur appui, madame?

AGRIPPINE.

Arrête, chère Albine.

Je sais que j’ai moi seule avancé leur ruine ;

Que du trône, où le sang l’a dû faire monter,Britannieus par moi s’est vu précipiter.

Par moi seule éloigné de l’hymen d’Octavie,

Le frère de Junie abandonna la vie,

Silanus, sur qui Claude avait jeté les yeux,

Et qui comptait Auguste au rang de ses aïeux.

Néron jouit de tout : et moi, pour récompense,

Il faut qu’entre eux et lui je tienne la balance,

Afin que quelque jour par une même loiBritannieus la tienne entre mon fils et moi.

ALBINE.

Quel dessein !

AGRIPPINE.

Je m’assure un port dans la tempête.Néron m’échappera, si ce frein ne l’arrête.

ALBINE.

Mais prendre contre un fils tant de soins superflus?

AGRIPPINE.

Je le craindrais bientôt s’il ne me craignait plus.

ALBINE.

Une injuste frayeur vous alarme peut-être.

Mais si Néron pour vous n’est plus ce qu’il doit être,Du moins son changement ne vient pas jusqu’à nous ;Et ce sont des secrets entre César et vous.

Quelques titres nouveaux que Rome lui défère,

Néron n’en reçoit point qu’il no donne à sa mère.

Sa prodigue amitié ne se réserve rien :