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Théatre complet / de J. Racine : précédé d'une notice par M. Auger
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BRITANNICUS.

Sur le moindre discours qu’on pourra vous redire,Serez-vous toujours prête à partager Tfcmpire?

Vous craindrez-vous sans cesse, et vos embrassemen'.sNe se passeront-ils qu’en éclaircissements?

Ah ! quittez d’un censeur la triste diligence :

D’une mère facile affectez l’indulgence ;

Souffrez quelques froideurs sans les faire éclater ;

Et n’avertissez point la cour de vous quitter.

AGRIPPINE.

Et qui s’honorerait de l’appui d’Agrippine,

Lorsque Néron lui-même annonce ma ruine ;

Lorsque de sa présenee il semble me bannir ;

Quand Burrhus à sa porte ose me retenir?

BCRRflUS.

Madame, je vois bien qu’il est temps de me taire,

Et que ma liberté commence à vous déplaire.

La douleur est injuste; et toutes les raisonsQui ne la flattent point aigrissent ses soupçons.

Voici Britannicus. Je lui cède ma place.

Je vous laisse écouter et plaindre sa disgrâce,

Et peut-être, madame, en accuser les soinsDe ceux que l’empereur a consultés le moins.

SCÈNE III.

AGRIPPINE, BRITANNICUS, NARCISSE, ALBINE

AGRIPPINE.

Ah prince ! où courez-vous ? Quelle ardeur inquièteParmi vos ennemis en aveugle vous jette?

Que venez-vous chercher?

BRITANNICUS.

Ce que je cherche? Ah dieux 1Tout ce que j’ai perdu, madame, est en ces lieux.

De mille affreux soldats Junie environnéeS’est vue en ce palais indignement traînée.

Hélas ! de quelle horreur ses timides espritsA ce nouveau spectacle auront été surpris !

Enfin on me l’enlève. Une loi trop sévèreVa séparer deux cœurs qu’assemblait leur misère :

Sans doute on ne veut pas que, mêlant nos douleurs.