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Théatre complet / de J. Racine : précédé d'une notice par M. Auger
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9.28

BRITANNICUS.

Maître, n’en doutez point, d’un cœur déjà charmé,Commandez qu’on vous aime, et vous serez aimé.

NÉRON.

A combien de chagrins il faut que je m’apprête ;Que d’importunités !

Seigneur?

NARCISSE.

Quoi donc ! qui vous arrête,

NÉRON.

Tout : Octavie, Agrippine, Burrhus,Sénèque, Rome entière, et trois ans de vertus.

Non que pour Octavie un reste de tendresseM’attache à son hymen et plaigne sa jeunesse :

Mes yeux, depuis longtemps fatigués de ses soins,Rarement de ses pleurs daignent être témoins.

Trop heureux si bientôt la faveur d’un divorceMe soulageait d’un joug qu’on m’imposa par force !Le ciel même en secret semble la condamner :

Ses vœux depuis quatre ans ont beau l’importuner,Les dieux ne montrent point que sa vertu les toucheD’aucun gage, Narcisse, ils n’honorent sa couche ;L’empire vainement demande un héritier.

NARCISSE.

Que tardez-vous, seigneur, à la répudier?

L’empire, votre cœur, tout condamne Octavie.Auguste votre aïeul soupirait pour Livie :

Par un double divorce ils s’unirent tous deux ;

Et vous devez l’empire à ce divorce heureux.

Tibère, que l’hymen plaça dans sa famille,

Osa bien à ses yeux répudier sa fille.

Vous seul, jusques ici contraire à vos désirs,

N’osez par un divorce assurer vos plaisirs !

NÉRON,

Et ne connais-tu pas l’implacable Agrippine?

Mon amour inquiet déjà se l’imagineQui m’amène Octavie, et d’un œil enflamméAtteste les saints droits d’un nœud qu’elle a formé,Et, portant à mon cœur des atteintes plus rudes,

Me fait un long récit de mes ingratitudes.

De quel front soutenir ce fâcheux entretien ?

NARCISSE.

N’êtes-vous pas, seigneur, votre maître et le sien?