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Théatre complet / de J. Racine : précédé d'une notice par M. Auger
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RR1TANN1CUS.

Qu’est devenu ce coeur qui me jurait toujoursDe faire à Néron môme envier nos amours?

Mais bannissez, madame, une inutile crainte :

La foi dans tous les cœurs n’est pas encore éteinte ;Chacun semble des yeux approuver mon courroux ;

La mère de Néron se déclare pour nous.

Rome, de sa conduite elle-même offensée....

JUNIE.

Ah seigneur! vous parlez contre votre pensée.Vous-même, vous m’avez avoué mille foisQue Rome le louait d’une commune voix :

Toujours à sa vertu vous rendiez quelque hommage.Sans doute la douleur vous dicte ce langage.

BR1TANNICUS.

Ce discours me surprend, il le faut avouer :

Je ne vous cherchais pas pour l’entendre louer.

Quoi ! pour vous confier la douleur qui m’accable ,

A peine je dérobe un moment favorable ;

Et ce moment si cher, madame, est consuméA louer l’ennemi dont je suis opprimé!

Qui vous rend à vous-même, en un jour, si contraire?Quoi ! même vos regards ont appris à se taire ?

Que vois-je? vous craignez de rencontrer mes yeux !Néron vous plairait-il? vous serais-je odieux?

Ah ! si je le croyais !... Au nom des dieux, madame,Éclaircissez le trouble où vous jetez mon âme.

Parlez. Ne suis-je plus dans votre souvenir?

JUNIE.

Retirez-vous, seigneur; l’empereur va venir.

BRITANNICUS.

Après ce coup, Narcisse, à qui dois-je m’attendre?

SCÈNE VII.

NÉRON, JUNIE, NARCISSE.

NÉRON.

Madame...

JUNIE.

Non, seigneur, je ne puis rien entendre.Vous êtes obéi. Laissez couler du moinsDes larmes dont ses yeux ne seront pas témoins.