9.40
BR1TANNICUS.
Vous lui pourrez plutôt ramener son époux :
Les menaces, les cris, le rendront plus farouche.
A.GRIPP1NE.
Ah ! l’on s’efforce en vain de me fermer la bouche.
Je vois que mon silence irrite vos dédains ;
Et c’est trop respecter l’ouvrage de mes mains.
Pallas n’emporte pas tout l’appui d’Agrippine ;
Le ciel m’en laisse assez pour venger ma ruine.
Le fds de Claudius commence à ressentirDes crimes dont je n’ai que le seui repentir.
J’irai, n’en doutez point, le montrer à l’armée,Plaindre aux yeux des soldats son enfance opprimée,Leur faire, à mon exemple, expier leur erreur.
On verra d’un côté le fds d’un empereurRedemandant la foi jurée à sa famille,
Et de Germanicus on entendra la fdle :
De l’autre, l’on verra le fds d’Énobarbus,
Appuyé de Sénèque et du tribun Burrhus,
Qui, tous deux de l’exil rappelés par moi-même,Partagent à mes yeux l’autorité suprême.
De nos crimes communs je veux qu’on soit instruit ;On saura les chemins par où je l’ai conduit.
Pour rendre sa puissance et la vôtre odieuses,J’avouerai les rumeurs les plus injurieuses;
Je confesserai tout, exils, assassinats,
Poison même...
BURRHUS.
Madame, ils ne vous croiront pas :Ils sauront récuser l’injuste stratagèmeD’un témoin irrité qui s’accuse lui-même.
Pour moi, qui le premier secondai vos desseins,
Qui fis même jurer l’armée entre ses mains, '
Je ne me repens point de ce zèle sincère.
Madame, c’est un fds qui succède à son père.
En adoptant Néron, Claudius par son choixDe son fds et du vôtre a confondu les droits.
Rome l’a pu choisir. Ainsi, sans être injuste,
Elle choisit Tibère adopté par Auguste ;
Et le jeune Agrippa, de son sang descendu,
Se vit exclu du rang vainement prétendu.
Sur tant de fondements sa puissance établie