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Théatre complet / de J. Racine : précédé d'une notice par M. Auger
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278 BÉRÉNICE.

Quoi! déjà de Titus épouse en espérance,

Ce rang entre elle et vous met-il tant de distance.

ANTIOCHUS.

Va, dis-je ; et, sans vouloir te charger d’autres soins,Vois si je puis bientôt lui parler sans témoins.

SCÈNE IL

ANTIOCHUS.

Eh bien ! Antiochus, es-tu toujours le même ?

Pourrai-je, sans trembler, lui dire, Je vous aime?

Mais quoi ! déjà je tremble ; et mon cœur agitéCraint autant ce moment que je l’ai souhaité.

Bérénice autrefois m’ôta toute espérance ;

Elle m’imposa même un étemel silence.

Je me suis tû cinq ans ; et, jusques à ce jour,

D’un voile d’amitié j’ai couvert mon amour.

Dois-je croire qu’au rang où Titus la destine,

Elle m’écoute mieux que dans la Palestine ?

Il l’épouse. Ai-je donc attendu ce momentPour me venir encor déclarer son amant?

Quel fruit me reviendra d’un aveu téméraire?

Ah ! puisqu’il faut partir, partons sans lui déplaire.Retirons-nous, sortons ; et, sans nous découvrir,

Allons loin de ses yeux l’oublier, ou mourir.

lié quoi! souffrir toujours un tourment qu’elle ignore!

Toujours verser des pleurs qu’il faut que je dévore !

Quoi ! même en la perdant redouter son courroux !

Belle reine, et pourquoi vousoffenseriez-vous ?

Viens-je vous demander que vous quittiez l’empire?

Que vous m’aimiez? Hélas! je ne viens que vous direQu’après m’être longtemps flatté que mon rivalTrouverait à ses vœux quelque obstacle fatal,Aujourd’hui qu’il peut tout, que votre hymen s’avance,Exemple infortuné d’une longue constance,

Après cinq ans d’amour et d’espoir superflus,

Je pars, fidèle encor quand je n’espère plus.

Au lieu de s’offenser, elle pourra me plaindre.

Quoi qu’il en soit, parlons; c’est assez nous contraindre.Et que peut craindre, hélas ! un amant sans espoirQui peut bien se résoudre à ne la jamais voir?