d'Anne d’Autriche. (1659.) 32?
fes fentiments ordinaires, pouvoir fanshonte être fouffert dans certains momentsoù la paffîon, la reconnoiffance & lapiété, occupent une ame toute entière,& n’y laiflènt point de place à la raifon.Le Roi fut infiniment louable en ce qu’ilfentit le mal que la Reine lui faifoit, &qu’il connut au travers de fes defirs,qu’il étoit de la nature de celui que lesChirurgiens font à ceux qu’ils veulentguérir de leurs bîeffures, par des inci-tons & des cauftiques. Il s’affligea avecelle: il fe plaignit non pas d’elle, maisavec elle ; & il fe confola avec cette il-luftre mere du faux bien qu’elle lui ar-rachoit, qu’il connoifloit tel qu’il nel’eftimoit pas lui-même, & qu’il ne putperdre néanmoins fans en fouffrir beau-coup , & fans fe biffer emporter par foncœur à des fentiments que fa prudence &fa raifon furent enfin étouffer. Le foir quiprécéda le jour du départ de Mademoifeliede Mancini, le Roi vint chez la Reineextrêmement abattu de trifteffe, Elle letira à part, & lui parla long-temps; maiscomme la fenfibilité d’un cœur qui aimedemande la folitude, la Reine prit elle-même un flambeau qui étoic fur fa table; &paffant de fa chambre dans fon cabinet desbains, elle pria le Roi de la fuivre. Après