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Lettres sur l'histoire de France : pour servir d'introduction à l'étude de cette histoire / par Augustin Thierry
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AVERTISSEMENT POUR LA SECONDE ÉDITION. 7

bonheur, en se servant de la langue allemande, telle qu’on laparlait de leur temps. C’est ce que fit entre autres le greffierDu Tillet, critique habile, esprit juste et consciencieux. Cetteréforme toute savante pénétra peu dans le public; mais il setrouva d’honnêtes écrivains qui se révoltèrent contre elle aunom de l’honneur français. Ils soutinrent avec indignation quejamais roi de France n’avait parlé allemand, ni porté un nomallemand; que tous, depuis Pharamond, étaient Français, vrai-ment Français, de langage comme de cœur. On ne saurait ce-pendant attribuer à ce vigoureux élan de nationalité le peu decrédit qu’obtinrent les germanismes de Du Tillet. Us ne passè-rent point dans l’histoire écrite sous une forme narrative, parceque ce genre de littérature, abandonné des savants, tombaentre les mains d’hommes sans études spéciales, qui ne com-prenaient de l’histoire de France que ce qui ressemblait à leurtemps. Ne se rendant point compte de la différence des époques,ils n’ont rien fait pour la marquer ; et faute de précautions àcet égard, ils laissent croire au lecteur que les rois des deuxpremières races parlaient, à peu de chose près, la langue dusire de Joinville.

Lorsqu’il y a dix ans je me livrai, pour la première fois, autravail de collationner la version moderne de notre histoire avecles monuments et les récits originaux, la pensée de rendre à laGermanie ce qui lui appartenait s’empara de moi sur-le-champ,et je me mis à suivre ce projet avec zèle et ténacité, feuilletantles glossaires, comparant ensemble les différentes orthographes,tâchant de retrouver le son primitif et la véritable significationdes noms franks. J’avoue que mes tentatives, à cet égard,eurent quelque chose d’outré, et se ressentirent un peu de l’ar-deur révolutionnaire qui marque les premiers pas de toute ré-forme en quelque genre que ce soit. J’eus la prétention derestituer tous les noms originairement tudesques, d’après unerègle commune, et de faire accorder ensemble le son et l’ortho-graphe : c’était une chose impossible ; et après beaucoup d’es-sais, faits avec intrépidité, je reculai, non devant la crainte de