LETTRE XI.
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« craignons que vous ne doutiez de la sincérité de notre« foi et de la solidité de notre union fraternelle, nous« avons résolu de nous prêter serment l’un à l’autre en« votre présence. Ce n’est point une ambition injuste qui« nous fait agir ainsi; mais nous voulons, si Dieu, par« votre aide, nous donne enfin le repos, que l’avantage« commun soit garanti. Si jamais, ce qu’à Dieu ne plaise,« je violais le serment que j’aurais prêté à mon frère, je« délie chacun de vous de*toute soumission envers moi,« et de la foi que vous m’avez jurée »
Après que Louis, tourné du côté de ceux dont la langueteutonique était l’idiome maternel, eut achevé cette- harangue, Charles, se tournant vers l’armée gauloise, larépéta en langue romane 2 . Lorsque le roi des Gallo-Francs eut cessé de parler, celui des Teutons, élevantla voix, prononça le serment d’union contre Lother, nondans l’idiome des peuples qu’il gouvernait, mais danscelui des Gaulois, qui avaient besoin de prendre con-fiance dans la bonne foi de leurs nouveaux alliés. Voicila formule de ce serment, dont le langage, pour ne pasêtre d’une barbarie indéfinissable, doit être accentué à lamanière des dialectes méridionaux :
« Pro Deo amur, etpro Christian poblo, et nostro com-« mun salvarnent, d’ist di en avant, in quant Deus savir« etpodir me dunat, si salvarai eo cist meo fradre Karlo,« et in ajuda et in cadhuna cosa, si cum, om per dreit
1 Kithardi, Hisl., lib. ni, apud Script, rer. gallic. et francic., t. Vil,p. 26 et 27.
J Cumque Karolus hæc eadem verba Romana lingua perorasset...(Ibid., p. 27.) — De cette langue vulgaire des indigènes de la Gaule, qu’onappelait alors langue rustique romaine ou simplement romaine , sont sortisplus tard deux idiomes distincts, le roman provençal , parlé dans toutes lesprovinces situées au midi de la Loire, et le roman wallon en usage aunord de ce fleuve, et d’où provient la langue française.