Buch 
Lettres sur l'histoire de France : pour servir d'introduction à l'étude de cette histoire / par Augustin Thierry
Entstehung
Seite
159
JPEG-Download
 

LETTRE XI.

159

Les deux rois s’étant ainsi engagés solennellement l’unenvers l’autre, les chefs dont l’idiome roman était lalangue maternelle, ou l’un d’entre eux en leur nom, pro-noncèrent les paroles suivantes : « Si Loduuigs sagra-« ment que sonfradre Karlo jurât, conservât, et Karlus,« meos sendra, de suo part non lo stanit, si io returnar« non Vint pois, ne io, ne neuls cui eo returnar int pois« in nulla ajuda contra Loduwig nun li fuer 4 ... — Si« Lodewig garde le serment qu’il a prêté à son frère«Karl, et si Karl, mon seigneur, de son côté, ne le« tient pas, si je ne puis l’y ramener, ni moi ni aucun« autre, je ne lui donnerai nulle aide contre Lodewig. »Les Teutons répétèrent la même formule, en changeantseulement l’ordre des noms : « Oba Karl then eid, thenaer sinemo bruoder Ludhuwige geswor, geleistit, ind« Ludhuwig min herro then er imo geswor forbri-« chit 2 ... »

voyelles et des variantes complètement analogues, indi et inde, fur et for,Lodhuig et Lodhuwig, dage et rehtu, oba et ob. Je pense que, quel qu’ait puêtre le son de la langue teutonique à une époque antérieure, la pro-nonciation de ce passage, dans la bouche de l’écrivain du ix* siècle,devait répondre à l’orthographe suivante : in godes minne end um tes chris-tianes folches end miser beidere gehallnisse, fon theseme dage framwerdes , s$fram so mir got gewissen ende mahd fergibet, so halde in tersen minem brue~der, etc.

1 RI. Raynouard, dans sa Grammaire romane, a fort bien expliquépourquoi le nominatif, à l’exclusion de tous les autres cas du singulier,se terminait par un s dans les anciennes langues provençale et française.C’est pour cette raison qu’on trouve ici Lodewigs et Karlus ou Karles aunominatif, Lodewig et Karl au datif. Quant au mot sandra, le seul moyende se rendre compte d’une pareille altération, est de supposer que l’au-teur frank, manquant de lettres dans son alphabet national pour rendrele son que les Français ont représenté par gn, et les Provençaux par nh,s’est servi par approximation de 1’» suivi d’un d, et au lieu de segnier, aécrit sandra, mot que tout lecteur frank devait prononcer sendere. (VoyezMémoires de l’Acad. des inscriptions et belles-lettres, t. XXVI, p. 638.)

* Nilhardi Hist., lib. ni, apud Script, rer. gallic. et francic., t. VII,D- 27.