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Lettres sur l'histoire de France : pour servir d'introduction à l'étude de cette histoire / par Augustin Thierry
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LETTRE XIV.

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vaient les yeux, ou le menaient au bourreau, qui lui mar-quait le front d’un fer rouge 1 .

Cette exécution militaire laissa de profonds ressenti-ments dans le cœur des bourgeois de Cambrai, et accrutle désir qu’ils avaient d’élever une barrière entre eux etla puissance seigneuriale. Tout le clergé métropolitain,défenseur-né de cette puissance, fut enveloppé dans lahaine que les citoyens lui portaient. En Tannée 1024, ilse fit une nouvelle conjuration à la faveur de laquelle lesbourgeois, un moment maîtres de la ville, expulsèrent leschanoines et tous les clercs de l’église, démolirent leurs.. maisons et emprisonnèrent ceux dont ils avaient le plus àse plaindre. Cette révolution fut de peu de durée, et unearmée impériale rétablit à Cambrai la seigneurie ecclé-siastique. Mais la révolution se réveilla, pour ainsi dire,en 1064. Les bourgeois ayant pris les armes firent pri-sonnier leur évêque, nommé Liébert; et pour les réduireil fallut trois armées envoyées contre eux par l’empereur,le comte de Flandre et la comtesse de Hainault 2 . Malgrécette nouvelle défaite, les Cambrésiens ne se découra-gèrent pas; et douze ans après, sous l’épiscopat deGérard, neveu de Liébert, ils s’insurgèrent de nouveau,et se constituèrent en association jurée sous le nom deCommune. Voici le détail de cet événement tel qu’on letrouve dans une chronique rédigée en vieux français :

« Comme le clergé et tout le peuplé estoient en grande« paix, s’en alla l’évêque Gérard à l’empereur. Mais ne

1 Novum genus speclaculi. Continuo namque armati limen sanctis-simæ ædis absque reverentiæ modo irrumpentes, alios interfecerunt,alios truncatis manibus el pedibus demembrarunt: quibusdam verooculos fodiebant, quibusdam frontes ferro ardente notabant. ( BaldariciChron., apud Script, rer. gallic. et francic., t. VIII, p. 281.)

2 Histoire de Cambrai , p 104 et suiv.