278
LETTRE XIX.
jugeait imprenable, fut attaquée avec vigueur; mais unincident vint tout à coup changer la face des affaires etruiner l’espérance de la commune. Enguerrand de Boves,que son âge empêchait de monter à cheval et de pren-dre part aux fréquentes sorties qui se faisaient contreles bourgeois, ne put supporter, comme il le disait, quedes cabaretiers et des bouchers se moquassent de salourdeur 1 . La haine qui l’animait contre les bourgeoisd’Amiens lui fit sacrifier ses ressentiments contre sonfils; ils se réconcilièrent et conclurent ensemble un traitéd’alliance contre la commune, le vidame et l’évêque.Les terres de ce dernier, soit qu’elles lui appartinssenten propre, soit que ce fussent des domaines de l’Église,commencèrent alors à être dévastées par le pillage et l’in-cendie. L’impitoyable Thomas de Marie, dès le premierjour qu’il entra en campagne contre ses anciens alliés,tua trente hommes de sa main et brûla plusieurs églises ;mais bientôt sa fougue le fit tomber dans une embuscadeoù il reçut de graves blessures qui l’obligèrent à quitterles environs d’Amiens et à se tenir en repos chez lui 2 .
En partant, il laissa ses meilleures troupes dans la tourdu Castillon, qui, bâtie, à ce qu’il paraît, à l’un des anglesdu mur de ville, pouvait être ravitaillée et recevoir gar-nison par l’extérieur. Les soldats renfermés dans cetteforteresse faisaient, de jour et de nuit, dans la ville dessorties meurtrières, massacraient femmes et enfants, pil-laient et brûlaient à plaisir. Dépourvus des moyens deconduire un siège, les bourgeois ne pouvaient opposer à
1 Perpendens interea Ingelrannus, quia sui ævi gravitatem cauponeset macellarii irriderent.... (Guiberti de Novigento, de Vita sua, lib. in‘apud ejusdem Opéra omnia, ed. L. d’Achery, p. 515.)
J Thoma itaque ad sua translato, et ex vuluere prælibato jain impo-tente!’ agente... (Ibid., p. 5160