356 LETTRE XXIll.
Quelle que fût la vehémence de leurs passions poli-tiques, les habitants de Vézelay n’en étaient pas moinsaccessibles aux craintes et aux scrupules religieux. Pro-fondément affectés de se voir sous le poids de la plusgrave des censures ecclésiastiques, et d’être privés, sansrecours prochain, des sacrements et des grâces de l’É-glise, ils envoyèrent au comte de Nevers pour se plaindre,et lui demander s’il ne pourrait pas les faire relever del’arrêt d’excommunication. Mais le comte, qui commençaità être lui-même inquiété par les menaces et les messagesdes cardinaux, répondit avec brusquerie : « Je n’y puis« absolument rien, et s’il leur plaît ils en feront tout au-« tant contre moi 1 . » Les députés de la ville, interdits àcette réponse, gardèrent un moment le silence, puis re-prenant la parole : « Où donc moudrons-nous notre blé,« dirent-ils, où donc ferons-nous cuire notre pain, si les« meuniers et les fourniers de l’abbaye ne veulent plus«communiquer avec des excommuniés? — Eh bien!« reprit le comte, allez au four banal, chauffez-le avec« votre bois, et si quelqu’un veut s’y opposer, jetez-le« tout vivant dans le four; quant au meunier, s’il fait« résistance, écrasez-le vif sous sa meule 2 . »
En effet, les membres de la nouvelle commune, toutaffranchis qu’ils étaient par leur constitution municipale,se trouvaient encore sous la dépendance du manoir ab-batial, à cause de leur longue habitude de n’avoir ni mou-
meritos, faciemus ut excommunicati videamur. Décimas itaque et cen-sum, seu alios reditus consuetos, jam amplius vobis non persolvenins.(Hist. Vizeliac. monast., lib. m, apud L. d’Achery Spicil., p. 531, col. 1.)
1 Quibus ille : Non possum, inquit, aliud : ila etiain de me facient sivoluerint (Ibid.).
2 ... Ite, et de lignis vestris clibanum succendite. et coquite. Si quisobstiteril, vivum incendite : sed et si Molinarius obstat, vivum similiteruiola eomminuite. (Ibid.)