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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

seulement tous les quinze jours, et pour vous donner avis, moncher cousin, que vous aurez bientôt lhonneur de voir Picard; etcomme il est frère du laquais de madame de Coulanges, je suisbien aise de vous rendre compte de mon procédé. Vous savez quemadame la duchesse de Chaulnes est à Vitré; elle y attend le duc,son mari, dans dix ou douze jours, avec les états de Bretagne :vous croyez que jextravague : elle attend donc son mari avec tousles états, et, en attendant, elle est à Vitré toute seule, mourantdennui. Vous ne comprenez pas que cela puisse jamais revenirà Picard. Elle meurt donc dennui; je suis sa seule consolation, etvous croyez bien que je lemporte dune grande hauteur sur ma-demoiselle de Kerbone et de Kerqueoison.Voici un grand circuit,mais pourtant nous arriverons au but. Comme je suis donc saseule consolation, après lavoir été voir, elle viendra ici, et jeveux quelle trouve mon parterre net et mes allées nettes, ces gran-des allées que vous aimez. Vous ne comprenez pas encore celapeut aller; voici une autre petite proposition incidente: vous sa-vez quon fait les foins; je navais point douvriers ; jenvoie danscette prairie, que les poètes ont célébrée, prendre tous ceux quitravaillaient, pour venir nettoyer ici; vous ny voyez encore gout-te; et, en leur place, jenvoie mes gens faner. Savez-vous ce quecest, faner? Il faut que je vous lexplique : faner est la plus joliechose du monde, cest retourner du foin en batifolant dans uneprairie; dès quon en sait tant, on sait faner. Tous mes gens y al-lèrent gaiement; le seul Picard vint me dire quil nirait pas, quilnétait pas entré à mon service pour cela, que ce nétait pas sonmétier, et quil aimait mieux sen aller à Paris. Ma foi, la colèrema monté à la tête ; je songeai que cétait la centième sottise quilmavait faite ; quil navait ni cœur, ni affection; en un mot, lamesure était comble. Je lai pris au mot, et, quoi quon mait pudire pour lui, je suis demeurée ferme comme un rocher, et il estparti. Cest une justice de traiter les gens selon leurs bons oumauvais services. Si vous le revoyez, ne le recevez point, ne leprotégez point, ne me blâmez point, et songez que cest le gar-çon du monde qui aime le mois à faner, et qui est le plus in-digne quon le traite bien.

Voilà l'histore en peu de mots ; pour moi, jaime les relations lon ne dit que ce qui est nécessaire, Ton ne sécarte pointni à droite, ni à gauche ; lon ne reprend point les choses desi loin; enfin je crois que cest ici, sans vanité, le modèle desnarrations agréables *,

1 Cette lettre, publiée par M.Crauford, est celle que madame de Tbianges en-voya demander à madame de Coulanges, ainsique celle du Cheval, qui malheu-reusement est perdue.