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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DK MADAME DK SÊVIGXfi.

J 15

cette pyramide donc, avec vingt ou trente porcelaines, fut siparfaitement renversée à la porte, que le bruit quelle causa fittaire les violons, les hautbois et les trompettes. Après le dîner,MM. de Locmaria et Goëtlogon dansèrent avec deux Bretonnesdes passe-pieds merveilleux et des menuets, dun air que lescourtisans nont pas à beaucoup près : ils y font des pas de Bo-hémiens et de bas Bretons avec une délicatesse et une justessequi charment. Je pensais toujours à vous ; et javais un souve-nir si tendre de votre danse et de ce que je vous avais vue dan-ser, que ce plaisir me devint une douleur. On parla fort de vous.Je suis assurée que vous auriez été ravie de voir danser Locma-ria : les violons et les passe-pieds de la Cour font mal au cœurau prix de ceux- : cest quelque chose dextraordinaire quecette quantité de pas différents, et cette cadence courte et juste ;je nai point vu dhomme danser comme Locmaria cette sortede danse. Après ce petit bal, on vit -entrer tous ceux qui arri-vaient en foule pourouvrirles états. Le lendemain, M. le premierprésident, MM. les procureurs et avocats généraux du parlement,huit évêques, MM. do Molac, la Coste et Coëtlogon le père,M. Boucherat 1 , qui vient de Paris, cinquante bas Bretons dorésjusquaux yeux, cent communautés. Le soir devaient venir ma-dame de ltolian dun côté, et son fils de lautre, et M. de La-vardin, dont je suis étonnée 2 . Je ne vis point ces derniers, carje voulus venir coucher ici, après avoir été à la tour de Sévignévoir M. dIlarouïs et MM. de Fourché et Chesières, qui arrivaient.M. dIIarouïs vous écrira; il est comblé de vos honnêtetés : il areçu deux de vos lettres à Nantes, dont je vous suis encore plusobligée que lui. Sa maison va être le Louvre des états : cest unjeu, une chère, une liberté jour et nuit qui attirent tout lemonde. Je navais jamais vu les états; cest une assez belle chose.Je ne crois pas quil y ait une province rassemblée qui ait unaussi grand air que celle-ci; elle doit être bien pleine du moins,car il ny en a pas un seul à la guerre ni à la Cour ; il ny a quele petit Guidon 3 , qui peut-être y reviendra un jour comme lesautres. Jirai tantôt voir madame de Rohan : il viendrait bien dumonde ici, si je nallais à Vitré : cétait une grande joie de mevoir aux états, je ne fus de ma vie ; je nai pas voulu en voirlouverture, cétait trop matin. Les états ne doivent pas êtrelongs ; il ny a quà demander ce que veut le roi ; on ne dit pasun mot : voilà qui est fait. Pour le gouverneur, il trouve, je ne

* Depuis chancelier de France.

M. de l.avardin était lieutenant général au gouvernement de Bretagne; cesofficiers s'abstenaient souvent, quand la présence du gouverneur les obligeait deparaître à la seconde place,

3 M. de Sévigné.