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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÊVIGNÉ. 167

sur cela dune telle sorte, quil ne tint quà moi dentendre quilvoulait sattacher à votre service, étant las, comme on dit,dadorer lange (madame de Grancey) : je fis de telles offres lecas que je devais. Je trouvai Madame mieux que je ne pensais,mais dune sincérité charmante. Je ne pus voir M. de Montau-sier; il était enfermé avec Mois-seigneur. Je ne finirais jamaisde vous dire tous les compliments quon me fit, et à vous aussi ;et de tout cela, autant en emporte le vent: on est ravi de re-venir chez soi. Madame de Richelieu me parut abattue ; elle feraréponse à M. de Grignan; les fatigues de la Cour ont rabaisséson caquet; son moulin me parut en chômage. Mais qui pensez-vous quon trouve chez moi?des Provençaux; ils mont tartufiée.De quoi parlé-t-on? de madame de Grignan; qui est-ce qui en-tre dans ma chambre? votre petite : vous dites quelle me faitsouvenir de vous, cest bien dit; vous voulez bien au moins queje vous réponde quil nest pas besoin de cela. Je monte en car-rosse, vais-je? chez madame de Valavoire; pourquoi faire?pour parler de Provence, de vos affaires et de vos commissionsque jaime uniquement. Enfin Coulanges disait lautre jour :Voyez-vous bien cette femme-? elle est toujours en présencede sa fille. Vous voilà en peine de moi, ma bonne, vous avezpeur que je ne sois ridicule; non, ne craignez rien; on ne peutlétre avec une si agréable folie; et de plus, cest que je me mé-nage selon les lieux, les temps, et les personnes avec qui je suis;et lon jurerait quelquefois que je ne songe guère à vous : cenest pas je suis le plus en liberté.

Je reçois votre lettre du 50 : vous me déplaisez, mon enfant,en parlant, comme vous faites de vos aimables lettres : quelplaisir prenez-vous à dire du mal de votre esprit, de votre style ?à vous comparer à la princesse dHarcourt 1 ? pêchez-vouscette fausse et offensante humilité? Elle blesse mon cœur, elleoffense la justice, elle choque la vérité; quelles manières! ah !ma bonne ! changez-les, je vous en conjure, et voyez les chosescomme elles sont : si cela est, vous naurez plus quà vous dé-fendre de la vanité, et ce sera une affaire à régler entre votreconfesseur et vous. Votre maigreur me tue : hélas ! est letemps que vous ne mangiez quune tête de bécasse par jour, etque vous mouriez de peur dêtre trop grasse?

On était hier sur votre chapitre chez madame de Coulanges,et madame Scarron* se souvint avec combien desprit vous aviezsoutenu autrefois une mauvaise cause, à la même place, et surle môme tapis nous étions : il y avait madame de La Fayette,madame Scarron, Segrais, Caderousse, labbé Têtu, Guidera^

1 Fille du duc de Brancas le distrait

* Françoise d'Aubigné , depuis marquise de Mainîenon.