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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

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gré Caumartin, il vous donnera loriginal. 11 sen va dans peude jours; son secret est répandu; ses gens sont fondus en lar-mes : je fus avec lui jusquà dix heures. Ne blâmez point, monenfant, ce que je sentis en rentrant chez moi : quelle différence!quelle solitude! quelle tristesse ! Votre chambre, votre cabinet,votre portrait! ne plus trouver cette aimable personne! M. deGrignan comprend bien ce que je veux dire et ce que je sentis.Le lendemain, qui était hier, je me trouvai tout éveillée à cinqheures ; jallai prendre Corbinelli pour venir ici avec labbé. Ily pleut sans cesse, et je crains fort que vos chemins de Bour-gogne ne soient rompus. Nous lisons ici des maximes que Cor-binelli mexplique ; il voudrait bien mapprendre à gouvernermon cœur; jaurais beaucoup gagné à mon voyage, si jen rap-portais cette science. Je men retourne demain ; javais besoin dece moment de repos pour remettre un peu ma tête, et reprendreune espèce de contenance.

124 A madame de Grignan.

A Paris , vendredi 7 juin 1675.

Enfin, ma fille, me voilà réduite à faire mes délices de voslettres : il est vrai quelles sont dun grand prix; mais quand jesonge que cétait vous-même que javais, et que jai eue quinzemois de suite, je ne puis retourner sur ce passé sans une grandetendresse et une grande douleur. Il y a des gens qui mont voulufaire croire que lexcès de mon amitié vous incommodait ; quecelte grande attention à vouloir découvrir vos volontés, qui toutnaturellement devenaient les miennes, vous faisait assurémentune grande fadeur et un grand dégoût. Je ne sais, ma chère en-fant, si cela est vrai; ce que je puis vous dire, cest quassuré-ment je nai pas eu dessein de vous donner cette sorte de peine.Jai un peu suivi mon inclination, je lavoue; et je vous ai vueautant que je lai pu, parce que je nai pas eu assez de pouvoirsur moi pour me retrancher ce plaisir; mais je ne crois pointvous avoir été pesante. Enfin, ma fille, aimez au moins la con-fiance que jai en vous, et croyez quon ne peut jamais être plusdénuée ni plus touchée que je le suis en votre absence. La pro-vidence ma traitée bien rudement, et je me trouve fort à plain-dre de nen savoir pas faire mon salut. Vous me dites des mer-veilles de la conduite quil faut avoir pour se gouverner dans cesoccasions; jécoute vos leçons, et je tâche den profiter. Je suisdans le train de mes amies, je vais, je viens; mais quand je puisparler de vous, je suis contente, et quelques larmes me font unsoulagement nonpareil. Je sais les lieux je puis me donnercette liberté; vous jugez bien que, vous ayant vue partout, ilmest difficile, dans ces commencements, de nêtre pas sensible