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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

lon ouvre quand tout le monde y est : ils me dirent leur haran-gue, elle est fort belle; la présence de M. Boucherat sera salu-taire à la province et à M. dHarouïs. M. et madame de Cliaulnesne sont plus à Rennes : les rigueurs sadoucissent ; à force da-voir pendu, on ne pendra plus : il ne reste que deux millehommes à Rennes; je crois que Forhin et Vins sen vont parNanles ; Molac y est retourné. Cest M. de Pomponne qui a pro-tégé le malheureux dont je vous ai parlé. Si vous menvoyez leroman de votre premier président, je vous enverrai, en récom-pense, lhistoire lamentable, avec la chanson du violon qui futroué à Rennes. M. Boucherat but à votre santé ; cest un hommeaimable et dun très-bon sens : il a passé par Veret ; il a vu ABlois madame de Maintenon, et M. du Maine qui marche : cettejoie est grande. Madame de Montespan fut au-devant de ce joliprince, avec la bonne abbesse de Fontevrault et madame deThianges; je crois quun si heureux voyage réchauffera lescœurs des deux amies.

Vous me faites un grand plaisir, ma très-chère, de prendresoin de ma petite : je suis persuadée du bon air que vous avezà faire toutes les choses qui sont pour lamour de moi. Je ne saispourquoi vous dites que labsence dérange toutes les amitiés :je trouve quelle ne fait point dautre mal que de faire souffrir :jignore entièrement les délices de linconstance, et je crois pou-voir vous répondre, et porter la parole pour tous les cœursvous régnez uniquement, quil ny en a pas un qui ne soit com-me vous lavez laissé. Nest-ce pas être bien généreuse, de memêler de répondre pour dautres cœurs que le mien ? Celui- ,du moins, vous est-il bien assuré? Je ne vous trouve plus si en-têtée de votre fils ; je crois que cest votre faute, car il avait tropdesprit pour nêtre pas toujours fort joli : vous ne comprenezpoint encore trop bien lamour maternel ; tant mieux, ma fille,il est violent; mais, à moins que davoir des raisons commemoi, ce qui ne se rencontre pas souvent, on peut à merveille sedispenser de cet excès. Quand je serai à Paris, nous parleronsde nous revoir ; cest un désir et une espérance qui me soutien-nent la vie.

Adieu, ma très-chère ; je serai ravie, aussi bien que vous, quenous puissions nous allier peut-être aux Maeliabées : mais celane va pas bien, je souhaite que votre lecture aille mieux : ceserait une honte dont vous ne pourriez pas vous laver, de nepas finir Josèphe. Hélas ! si vous saviez ce que jachève, et ceque je souffre du style du jésuite (Maimbourg), vous vous trou-veriez bien heureuse davoir à finir un si beau livre !