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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE .MADAME DE SÉVIGNÉ.

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14 G. A madame de Grignan.

Aux Rochers , mercredi 4 décembre 1675.

Voici le jour que jécris sur la pointe dune aiguille; car je nereçois plus vos lettres que deux à la fois le vendredi. Comme jevenais de me promener avant-hier, je trouvai au bout du maille frater, qui se mit à deux genoux aussitôt quil maperçut, sesentant si coupable davoir été trois semaines sous terre à chan-ter matines, quil ne croyait pas me pouvoir aborder dune autrefaçon. Javais bien résolu de le gronder, et je ne sus jamaistrouver de la colère; je fus fort aise de le voir; vous savezcomme il est divertissant ; il membrassa mille fois ; il me donnales plus méchantes raisons du monde, que je pris pour bonnes.Nous causons fort, nous lisons, nous nous promenons, et nousachèverons ainsi lannée, cest-à-dire le reste. Nous avons résoludoffrir notre chien de guidon, et de souffrir encore quelque sup-plément, selon que le roi l'ordonnera : si le chevalier de Lauzun 1veut vendre sa charge entière, nous le laisserons trouver desmarchands de son côté, comme nous en chercherons du nôtre,et nous verrons alors à nous accommoder.

Nous sommes toujours dans la tristesse des troupes qui nousarrivent de tous côtés avec M. de Pommereuil : ce coup est rudepour les grands officiers; ils sont mortifiés à leur tour, cest-à-dire le gouverneur, qui ne sattendait pas à une si mauvaise ré-ponse sur le présent de trois millions. M. de Saint-Malo est re-venu ; il a été mal reçu aux états : on laccuse fort davoir faitune méchante manœuvre à Saint-Germain; il devait au moinsdemeurer à la Cour, après avoir mandé ce malheur en Bretagne,pour tâcher de ménager quelque accommodement. Pour M. deRohan, il est enragé, et nest point encore revenu ; peut-êtrequil ne reviendra pas. M. de Coulanges me mande quil a vu lechevalier de Grignan, qui saccommode mal de mon absence :je suis plus touchée que je ne lai encore été de nêtre pas à Pa-ris, pour le voir et causer avec lui. Mais savez-vous bien, machère, que son régiment est dans le nombre des troupes quonnous envoie? ce serait une plaisante chose sil venait ici ; je lerecevrais avec une grande joie.

Jai fort envie dapprendre ce qui sera arrivé de votre procu-reur du pays ; je crains que M. de Pomponne, qui sétait mêlé decette affaire, croyant vous obliger, ne soit un peu fâché de voirle tour quelle a pris ; cela se présente en gros comme une choseque vous ne voulez plus, après lavoir souhaitée : les circons-tances qui vous ont obligée à prendre un autre parti ne saute-

l François de Nompar de Caumont.

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