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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTUES

Fayette commence présentement à hériter de sa mère M. duPlessis-Guénégaud est mort aussi ; vous savez ce quil vous fautfaire à sa femme.

Corbinelli dit que je nai point desprit quand je dicte ; et surcela il ne mécrit plus. Je crois quil a raison ; je trouve monslyle lâche ; mais soyez plus généreuse, ma fille, et continuez àme consoler de vos aimables lettres. Je vous prie de compterles lunes pendant votre grossesse, si vous ôtes accouchée unjour seulement sur la neuvième, le petit vivra ; sinon nattendezpoint un prodige. Je pars mardi, les chemins sont comme enété, mais nous avons une bise qui tue mes mains : il me fautdu chaud, les sueurs ne font rien ; je me porte très-bien dureste; et cest une chose plaisante de voir une femme avec untrès-bon visage, que lon fait manger comme un enfant : onsaccoutume aux incommodités. Adieu, ma très-chère, continuezde maimer ; je ne vous dis point de quelle manière vous pos-sédez mon cœur, ni par combien de liens je suis attachée à vous.Jai senti notre séparation pendant mon mal; je pensais sou-vent que ce meût été une grande consolation de vous avoir. Jaidonné ordre pour trouver de vos lettres à Malicorne. Jembrassele comte, je le prie de membrasser. Je suis entièrement à vous,et le bon abbé aussi, qui compte et calcule depuis le matin jus-quau soir, sans rien amasser, tant celte province a été dé-graissée.

153. A madame de Grignan.

A Paris, mercredi 8 avril 1676.

Je suis mortifiée et triste de ne pouvoir vous écrire tout ce queje voudrais; je commence à souffrir cet ennui avec impatience.Je me porte très-bien ; le changement dair me fait des mira-cles, mais mes mains ne veulent point encore prendre part àcette guérison. Jai vu tous nos amis et amies. Je garde machambre, et je suivrai vos conseils ; je mettrai désormais masanté et mes promenades devant toutes choses. Le chevalier(de Grignan) cause fort bien avec moi jusquà onze heures; cestun aimable garçon. Jai obtenu de sa modestie de me parler desa campagne, et nous avons repleuré M. de Turenne. Le ma-réchal de Lorges nest-il point trop heureux? Les dignités, lesgrands biens et une très-jolie femme. On la élevée comme de-vant être un jour une grande dame. La fortune est jolie; maisje ne lui pardonne point les rudesses quelle a pour nous tous.

M. DE CORBINELLI.

Jarrive, madame, et je veux soulager celte main tremblotante; elle re-

1 La mère de madame de La Fayette sétait remariée en secondes noces à Kenauld,chevalier de Sévigné.