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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉVIGNÉ.

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mais sans quitter en aucune manière du monde lespérance devous voir ; car je vous avoue que je la sens nécessaire à la con-servation de ma santé et de ma vie. Parlez-moi du Pichon 1 ; est-il encore timide ? Naveï-vous point compris ce que je vous aimandé-dessus ? Le mien nétait point à Bouclrain ; il a étéspectateur des deux armées rangées si longtemps en bataille.Voilà la seconde fois quil ny manque rien que la petite cir-constance de se battre : mais, comme deux procédés valent uncombat, je crois que deux fois à la portée du mousquet valentune bataille. Quoi quil en soit, lespérance de revoir le pauvrebaron gai et gaillard ma bien épargné de la tristesse. Cest ungrand bonheur que le prince dOrange nait point été touché duplaisir et de lhonneur dêtre vaincu par un héros comme le nô-tre. On vous aura mandé comme nos guerriers, amis et enne-mis, se sont vus galamment nell uno, nell altro campo, et sesont fait des présents.

On me mande que le maréchal de Rochefort est très-bien mortà Nancy, sans être tué que de la fièvre double tierce. Nest-il pasvrai que les petits ramoneurs sont jolis*? On était bien las desAmours. Si vous avez encore mesdames de Buous, je vous priede leur faire mes compliments, et surtout à la mère; les mèresse doivent cette préférence. Madame de Brissac sen va bientôt ;elle me fit lautre jour de grandes plaintes de votre froideur pourelle, et que vous aviez négligé son cœur et son inclination, quila portaient à vous. Nous demeurerons ici, la bonne dEscarset moi, pour achever nos remèdes. Dites-lui toujours quelquechose; vous ne sauriez comprendre les soins quelle a de moi.Je ne vous ai point dit combien vous êtes célébrée ici, et par lebon Saint-Ilérem, et par Bayard , et par mesdames de Brissacet de Longueval.

On me fait prendre tous les jours de leau de poulet; il ny arien de plus simple ni de plus rafraîchissant : je voudrais quevous en prissiez, pour vous empêcher de brûler à Grignan. Vousme dites de plaisantes choses sur le beau médecin de Chelles.Le conte des deux grands coups dépée pour affaiblir son hom-me est fort bien appliqué. Je suis toujours en peine de la santéde notre cardinal; il sest épuisé à lire ; eb! mon Dieu,navait-il pas tout lu? Je suis ravie, ma fille, quand vous parlez avecconfiance de lamitié que jai pour vous ; je vous assure que vousne sauriez trop croire combien vous faites toute la joie, tout leplaisir et toute lu tristesse de ma vie, ni enfin tout ce que vousm'êtes.

1 Le petit marquis.

1 11 s'agissait dun papier déventail que madame de Sévigné avait envoyé à ma-dame de Giignan pur le chevalier de Buous.