LETTRES
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à celte tragédie. J’en saurai demain davanlage, et ccia vousreviendra.
168 . A madame de Grignan.
A Paris, mercredi 22 juillet 1676.
Encore un petit mot de la Brinvilliers ; elle est morte commeelle a vécu, c’est-à-dire résolument. Elle entra dans le lieu oùl’on devait lui donner la question ; et, voyant trois seaux d'eau,elle dit : «C’est assurément pour me noyer ; car, de la taille dont« je suis, on ne prétend pas que je boive tout cela. » Elle écoulason arrêt, dès le matin, sans frayeur et sans faiblesse ; et surla tin elle fit recommencer, disant que ce tombereau l’avaitfrappée d’abord, et qu’elle en avait perdu l’attention pour le reste.Elle dit à son confesseur, par le chemin, de faire mettre le bour-reau devant elle, afin, dit-elle, de ne point voir ce coquin deDasgrais qui m’a prise. Desgrais était à cheval devant le tom-bereau. Son confesseur la reprit de ce sentiment ; elle dit : « Ah !« mon Dieu ! je vous en demande pardon ; qu’on me laisse donc« cette étrange vue. » Elle monta seule et nu-pieds sur l’échelleet sur l’échafaud, et fut un quart d’heure mirodée, rasée, dresséeet redressée par le bourreau ; ce fut un grand murmure et unegrande cruauté. Le lendemain on cherchait ses os, parce que lepeuple croyait qu’elle était sainte Elle avait, disait-elle, deuxconfesseurs ; l’un soutenait qu’il fallait tout avouer, et l’autrenon ; elle riait de cette diversité, disant : « Je puis faire en con-« science ce qu’il me plaira. Il lui a plu do ne lien dire du tout.Penautier sortira un peu plus blanc que de la neige ; le publicn’est point content : on dit que tout cela est trouble. Admirez lemalheur ; celle créature a refusé d’apprendre ce qu’on voulait,et a dit ce qu’on ne demandait pas : par exemple, elle a dit queM. Fouquet avait envoyé Glaser, leur apothicaire empoisonneur,en Italie, pour avoir d’une herbe qui fait du poison: elle aentendu dire celte belle chose à Sainte-Croix. Voyez quel excèsd’accablement, et quel prétexte pour achever ce pauvre infor-tuné. Tout cela est bien suspect. On ajoute encore bien deschoses ; mais en voilà assez pour aujourd’hui.
1 G 9 . A madame de Grignan.
A Paris, mercredi 39 juillet 1676.
Voici un changement de scène qui vous paraîtra aussi agréablequ’à tout le monde. Je fus samedi à Versailles avec les Villars :voici comme cela va. Vous connaissez la toilette de la reine, lamesse, le dîner ; mais il n’est plus besoin de se faire étoufferpendant que Leurs Majestés sont à table ; car à trois heures leroi, la reine, Monsieur , Madame , Mademoiselle , tout ce qu’il