LETTRES
310
partir est bien précisément ce qui m’occupe, et le sujet de tou-tes mes pensées !
179. A madame de Grîgnan.
A Paris, lundi juin 1677.
J’ai reçu votre lettre de Villeneuve-la-Guerre. Enfin, ma fille,il est donc vrai que vous vous portez mieux, et que le repos, lesilence et la complaisance que vous avez pour ceux qui vous gou-vernent, vous donnent un calme que vous n’aviez point ici. Vouspouvez vous représenter si je respire, d’espérer que vous allezvous rétablir ! je vous avoue que nul remède au monde n’est sibon pour me soulager le cœur, que de m’ôler de l’esprit l’état oùje vous ai vue ces derniers jours. Je ne soutiens point cette pen-sée ; j’en ai môme été si frappée, que je n’ai pas démêlé la partque votre absence a eue dans ce que j’ai senti. Vous ne sauriezêtre trop persuadée de la sensible joie que j’ai de vous voir, etde l’ennui que je trouve à passer ma vie sans vous: cependantje ne suis pas encore entrée dans ces réflexions, et je n’ai faitque penser à votre état, transir pour l’avenir, et craindre qu'ilne devienne pis. Voilà ce qui m’a possédée; quand je serai enrepos là-dessus, je crois que je n’aurai pas le temps de penser àtoutes ces autres choses, et que vous songerez à votre retour. M.ichère enfant, il faut que les réflexions que vous ferez encoreentre ci et là vous ôtent un peu des craintes inutiles que vousavez pour ma santé : je me sens coupable d’une partie de vosdragons ; quel dommage que vous prodiguiez vos inquiétudespour une santé toute rétablie, et qui n’a plus à craindre que lemal que vous faites à la vôtre ! Je suis assurée que deux ou troismois vous ont quelquefois défiguré vos dragons d’une telle sorte,que vous né les avez pas reconnus. Songez, ma fille, qu’ilssont toujours comme dans ce lemps-là,-et que c’est votre seuleimagination qui leur donne un prix qui n’est pas. Vous qui aveztant de raison et de courage, faut-il que vous soyez la dupe deces vains fantômes? Vous croyez que je suis malade, je me portebien: vous regrettez Vichy, je n’en ai nul besoin, que par uneprécaution qui peut fort bien se retarder; ainsi de mille autreschoses. Pour moi, je suis un peu coupable: je plaçais Vichyau printemps, pour être plus longtemps avec vous ; encore est-ce quelque chose : cela n’a pas réussi, la Providence a dérangétout cela ; hé bien, ma fille, c’est peut-être parce qu’elle a réglévotre guérison, contre toute apparence, par cette conduite. Jevous liens à mon avantage quand je vous écris; vous ne me ré-pondez point, et je pousse mes discours tant que je veux. Ce quedit Montgobert de celte aiguillette nouée est une des plaisanteschoses du monde: dénouez-la, ma fille, et ne soyez point si