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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

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partir est bien précisément ce qui moccupe, et le sujet de tou-tes mes pensées !

179. A madame de Grîgnan.

A Paris, lundi juin 1677.

Jai reçu votre lettre de Villeneuve-la-Guerre. Enfin, ma fille,il est donc vrai que vous vous portez mieux, et que le repos, lesilence et la complaisance que vous avez pour ceux qui vous gou-vernent, vous donnent un calme que vous naviez point ici. Vouspouvez vous représenter si je respire, despérer que vous allezvous rétablir ! je vous avoue que nul remède au monde nest sibon pour me soulager le cœur, que de môler de lesprit létatje vous ai vue ces derniers jours. Je ne soutiens point cette pen-sée ; jen ai môme été si frappée, que je nai pas démêlé la partque votre absence a eue dans ce que jai senti. Vous ne sauriezêtre trop persuadée de la sensible joie que jai de vous voir, etde lennui que je trouve à passer ma vie sans vous: cependantje ne suis pas encore entrée dans ces réflexions, et je nai faitque penser à votre état, transir pour lavenir, et craindre qu'ilne devienne pis. Voilà ce qui ma possédée; quand je serai enrepos-dessus, je crois que je naurai pas le temps de penser àtoutes ces autres choses, et que vous songerez à votre retour. M.ichère enfant, il faut que les réflexions que vous ferez encoreentre ci et vous ôtent un peu des craintes inutiles que vousavez pour ma santé : je me sens coupable dune partie de vosdragons ; quel dommage que vous prodiguiez vos inquiétudespour une santé toute rétablie, et qui na plus à craindre que lemal que vous faites à la vôtre ! Je suis assurée que deux ou troismois vous ont quelquefois défiguré vos dragons dune telle sorte,que vous les avez pas reconnus. Songez, ma fille, quilssont toujours comme dans ce lemps-là,-et que cest votre seuleimagination qui leur donne un prix qui nest pas. Vous qui aveztant de raison et de courage, faut-il que vous soyez la dupe deces vains fantômes? Vous croyez que je suis malade, je me portebien: vous regrettez Vichy, je nen ai nul besoin, que par uneprécaution qui peut fort bien se retarder; ainsi de mille autreschoses. Pour moi, je suis un peu coupable: je plaçais Vichyau printemps, pour être plus longtemps avec vous ; encore est-ce quelque chose : cela na pas réussi, la Providence a dérangétout cela ; bien, ma fille, cest peut-être parce quelle a réglévotre guérison, contre toute apparence, par cette conduite. Jevous liens à mon avantage quand je vous écris; vous ne me ré-pondez point, et je pousse mes discours tant que je veux. Ce quedit Montgobert de celte aiguillette nouée est une des plaisanteschoses du monde: dénouez-la, ma fille, et ne soyez point si