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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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voulais me vanter, je vous montrerais bien un billet quelle mé-crivit l'autre jour, tout plein de remerciments des secours queje lui donne; mais je suis modeste, je me contenterai de le met-tre dans mes archives. J'ai vu madame de Vins; elle est abîméedans ses procès ; nous causâmes pourtant beaucoup, nous ad-mirâmes cet étrange mélange des biens et des maux, et limpos-sibilité dêtre tout-à-fait heureuse. Vous savez tout ce que lafortune a soutllé sur la duchesse de Fontanges; voici ce quellelui garde, une perte île sang si considérable, quelle est encoreâ Maubuisson dans son lit avec la fièvre qui sy est mêlée, ellecommence même à entier; son beau visage est un peu boutti.Le prieur de Cabrières ne la quitte pas ; sil fait cette cure, il nesera pas mal à la Cour. Voyez si létat elle se trouve nest pasprécisément contraire au bonheur dune telle beauté. Voilà dequoi méditer ; mais en voici un autre sujet.

Madame de Dreux 1 sortit hier de prison ; elle fut admonétée,qui est une très-légère peine, avec cinq cents livres daumône.Cette pauvre femme a été un an dans une chambre le jour nevenait que dun très-petit trou den haut, sans nouvelles, sansconsolation. Sa mère, qui laimait très-passionnément, qui étaitencore assez jeune et bien faite, et quelle aimait aussi, mourut,il y a deux mois, de la douleur de voir sa fille en cet état ; ma-dame de Dreux, à qui on ne lavait point dit, fut reçue hier àbras ouverts de son mari et de toute;sa famille, qui lallèrentprendre à cette chambre de lArsenal. La première parole quelledit, ce fut : Et est ma mère ? et d vient quelle nest pasici ? M. de Dreux lui dit quelle lattendait chez elle. Elle ne putsentir la joie de sa liberté, et demandait toujours ce quavait samère, et quil fallait quelle fût bien malade, puisquelle ne ve-nait point lembrasser. Elle arrive chez elle ; Quoi! je ne voispoint ma mère ! Quoi ! je ne lentends point ! Elle monte avecprécipitation ; on ne savait que lui dire : tout le monde pleurait :(lie courait dans sa chambre, elle lappelait; enfin, un père-lestin, son confesseur, parut, et lui dit quelle ne la trouveraitpoint, quelle ne la veirait que dans le ciel ; quil fallait se ré-soudre à la volonté de Dieu. Cette pauvre femme sévanouit, etne revint que pour faire des plaintes et des cris qui faisaientfendre le cœur, disant que cétait elle qui lavait tuée ; quellevoudrait être morte en prison; quelle ne pouvait rien sentirque la perte dune si bonne mère. Le petit Coulanges était pré-sent à ce spectacle ; il avait couru chez M. de Dreux , commebeaucoup dautres, et il nous conta tout ceci, hier au soir, sinaturellement et si touché lui-mème, que madame de Coulangesen eut les yeux rouges, et moi jen pleurai sans pouvoir men

1 Impliquée dans l'affaire des poisons.