DR MADAME DE SÉVIGNÉ.
453
sujets à ces sortes d’hivers ; dès que votre bise est passée, lechaud reprend le fil de son discours, et Rochecourbières n’estpas interrompu. Savez-vous comme écrit Montgobert? elle écritcomme nous; son commerce est fort agréable. Elle me parlaitla dernière fois d’un déjeuner qu’elle devait donner dans sachambre, où vous deviez survenir; tout cela est tourné plaisam-ment. Faites-la écrire pour vous, ma très-chère, et reposez-vous en me parlant ; cela me fait un bienque je ne puis vousdire. Je donne à examiner cette question à Rochecourbières,si cette joie que j'ai de ne guère voir de votre écriture est une mar-que d'amitié ou d’indifférence . Je recommande cette cause àMontgobert ; c’est que je suis toujours charmée de la confiance,et c’en est ufie que de croire fermement que j’aime mieux vo-tre repos que mon plaisir, qui devient une peine dès que je mereprésente l’état où vous met cette écritoire.
Je fais ici des promenades qui me font sentir l’amertume devotre absence, plus tristement encore que vous ne pouvez sen-tir la mienne au milieu de votre république ; car assurément lacompagnie de Grignan est si bonne et si grande , qu’elle doitvous donner plus de dissipation que le milieu de Paris. Votrepetit bâtiment est achevé ; on vous en mandera des nouvelles.En voulez - vous savoir de madame de la Hamelinière 1 ? Elle aété ici sept jours entiers, elle ne partit qu’hier, après que j’euspris ma médecine. J’envie bien les chevaux gris qu’elle fit pa-raître dans ma cour; la familiarité de celte femme est sansexemple ; elle s'en retourne chez M. lë marquis de la Roche-Giffard, d’où elle venait; elle a son équipage ; elle ne parle quede lui. La scène est à vingt lieues d’ici, mais cela ne l’embar-rasse pas. Votre bon cousin ne laisse pas de l’adorer, et d’ado-rer aussi M. le marquis. On parlerait longtemps là-dessus ; leschoses singulières me réjouissent toujours. Je vous assure queje fus fort touchée du plaisir de voir partir ce train ; j’étais dansmon lit, mais je fus très-bien instruite du bruit du départ; je nesouhaite point qu’il me vienne d’autres visites : j’ai mille petiteschoses à faire, et j’ai à lire, car il ne faut point parler de lireavec cette compagnie-là. Je m’en vais reprendre mes conversa-tions toutes pleines de votre père (Descartes). Mais une bonnefois, ma très-chère, mettez un peu votre nez dans le livre de laPrédestination des Saints, de saint Augustin, et du Don de lapersévérance : c’est un fort petit livre, il finit tout. Vous y ver-rez d’abord comme les papes et les conciles renvoient à ce Père,qu’ils Appellent le docteur de la grâce; ensuite les lettres dessaints Prosper et Hilaire, où il est fait mention des difficultés
• Une* parente ridicule qui tftait venue lui rendre visite.