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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

sous une petite lampe qui fait dix mille petites étoiles. J’en ou-blie la moitié : mais vous aurez le livre qui vous instruira detout en détail. Si je n’avais point eu peur qu’on ne vous l’eûtenvoyé, je l’aurais joint à cette lettre : mais ce duplicata ne vousaurait pas fait plaisir.

Tout le monde a été voir cette pompeuse décoration. Elle coûtecent mille francs à M. le Prince d’aujourd’hui, mais cette dé-pense lui fait bien de l’honneur. C’est M. de Meaux qui a faitl’oraison funèbre : nous la verrons imprimée. Voilà, mon chercousin, fort grossièrement le sujet de la pièce. Si j’avais oséhasarder de vous faire payer un double port, vous seriez pluscontent.

Nous revoilà donc encore dans la tristesse. Mais , pour voussoutenir un peu, je m’en vais passer à une autre extrémité,c’est-à-dire de la mort à un mariage, et de l’excès de la cérémo-nie à l’excès de la familiarité, l’un et l’autre étant aussi origi-naux qu’il est possible. C’est du fils du duc de Gramont, âgé dequinze ans, et de la fille de M. de Noailles, dont je veux parler.On les marie ce soir à Versailles. Voici comment : personnen’est prié, personne n’est averti ; chacun soupera ou fera colla-tion chez soi. A minuit on assemblera les deux mariés pour lesmener à la paroisse, sans que les pères et mères s'y trouvent,qu’en cas qu’ils soient alors à Versailles. On les mariera ; on netrouvera point un grand étalage de toilette, on ne les coucherapoint ; on laissera le soin à la gouvernante et au gouverneur deles mettre dans un même lit. Le lendemain, on supposera quetout a bien été. On n’ira point les tourmenter; point de bonsmots, point de mauvaises plaisanteries. Us se lèveront : le gar-çon ira à la messe et au dîner du roi, la petite personne s’ha-billera comme à l’ordinaire ; elle ira faire des visites avec sabonne maman : elle ne sera point sur son lit, comme une ma-riée de village, exposée à toutes les ennuyeuses visites * ; et cettenoce (chose qui ordinairement est bien marquée) sera confonduele plus joliment et le plus naturellement du monde avec toutesles autres actions de la vie , et sera glissée si insensiblementdans le train ordinaire, que personne ne s’avisera qu’il soit ar-rivé quelque fête dans ces deux familles. Voilà de quoi je veuxremplir cette lettre, mon cousin ; et je prétends que cette pein-ture, dans son espèce, est aussi extraordinaire que l’autre.

Je viens de voir un prélat qui était à l’oraison funèbre. Il nousa dit que M. de Meaux s’était surpassé lui-même, et que jamaison n’a fait valoir ni mis en œuvre si noblement une si belle

1 Les nouvelles mariées, vêtues de leurs plus beaux habits, et couchées sur unlit, recevaient, pendant trois jours, la visite de toutes les personnes <jui se présen-taient chez elles. La Bruyère a blâmé cette mode ridicule.