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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

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de vous retrouver et de passer la soirée avec vous. Je demandepardon à Dieu de tant de faiblesses ; cest pour lui quil faudraitêtre ainsi. Vos moralités sont très-bonnes et trop vraies.

Madame de Vins a été en peine de son mari; elle en a reçuune lettre; il est en sûreté présentement ; il est au siège de Phi-lisbourg; il avait passé par des bois très-périlleux, et lon na-vait point de ses nouvelles. Si lair et le bruit de Grignan vousincommodent, allez à la Garde ; je ne changerai point davis.Mille amitiés à, tous vosGrignans ; je suis assurée que M. de LaGarde sera du nombre. Comment trouvez-vous Pauline? (Juelleest heureuse de vous voir et dêtre obligée de vous aimer !

Je comprends mieux que personne du monde les sortes datta-chements quon a pour des choses insensibles, et par conséquentingrates; mes folies pour Livry en sont de belles marques. Vousavez pris ce mal- de moi.

2S4. A madame de Grignan.

A Paria, lundi a 5 octobre 1688.

Limpatience que nous avons, ma clière fille, de recevoir voslettres; lattention qui nous les fait envoyer chercher jusque dansle sein de la poste ; notre joie dapprendre que vous vous portezbien, malgré toutes vos peines, tout cela est digne des soins quevous avez de nous donner de vos nouvelles ; vous pouvez juger,par le besoin que nous en avons, combien nous vous sommesobligés de votre exactitude ; je dis toujours nous, car les senti-ments du chevalier et les miens sont si pareils, que je ne sauraisles séparer. Mais parlons de Philisbourg : voilà une lettre devotre enfant, du 18 ; il se portait fort bien ; vous verrez, par toutce que vous dit M. du Plessis, quil ne fera pas de honte à sesparents: mais admirez les arrangements de la Providence; lapluie la empêché dêtre le lendemain, avec le régiment deChampagne, de laction la plus brillante et la plus dangereusequil y ait encore eue : cest la prise dun ouvrage à cornes, quifutenlevé le 19, le marquis dHarcourt, inaréclial-de-eamp, lecomte de Guiche, le cadet du prince de Tingry, le comte dEs-trées, Courtin et quelques autres, se sont distingués ; le fils deM. Courtin est mortellement blessé,-le marquis düxelles légère-ment : le pauvre Bordage a payé pour tous, deux jours devant.Le roi a donné son régiment à M. du Maine, et en a promis unautre au fils de Bordage, avec mille écus de pension. Les princeset les jeunes gens sont au désespoir de navoir pas été de cettefête, mais ce nétait pas leur jour. Il fallut tenir Monseigneur 1 àquatre : il voulait être à la tranchée ; Vauban le prit par le corps

» Monseigneur fut nommé par les soldats Louis-le-Hardi f pendant le siège dePhilisbourg.