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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

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Nous sommes suspendus dans lattention de Philisbourg et devos nouvelles : voilà les deux points de nos discours.

2S8. A madame de Grignan.

A Paris, jour de la Toussaint 1688, à neufheures du soir.

Philisbourg est pris, ma chère enfant, votre fils se porte bien.Je nai quà tourner cette phrase de tous côtés, car je ne veuxpoint changer de discours.Vous apprendrez donc par ce billet quevotre enfant se porte bien, et que Philisbourg est pris. Un courriervient darriver chez M. deVillacerf, qui dit que celui de Monsei-gneur est arrivé à Fontainebleau pendant que le père Gaillardprêchait; on la interrompu, et on a remercié Dieu dans le mo-ment dun si heureux succès et dune si belle conquête. On ne saitpoint de détail, sinon quil ny a point eu dassaut, et que M. duPlessis disajt vrai, quand il assurait que le gouverneur faisaitfaire des charriots pour porter son équipage. Respirez donc, machère enfant, remerciez Dieu premièrement : il nest point ques-tion dun autre siège ; jouissez du plaisir que votre fils ail vu ce-lui de Philisbourg ; cest une date admirable, cest la premièrecampagne de M. le Dauphin : ne seriez-vous pas au désespoirquil fût seul de son âge qui neùt point été à cette occasion, etque tous les autres lissent les entendus? Ah ! mon Dieu, ne par-lons point de cela, tout est à souhait. Cest vous, mon chercomte, quil en faut remercier : je me réjouis de la joie que vousdevez avoir; jen fais mon compliment à notre coadjuteur, voilàune grande peine dont vous êtes tous soulagés. Dormez donc,ma très-belle ; mais dormez sur notre parole : si vous êtes avidede désespoirs, comme nous le disions autrefois, cherchez-endautres, car Dieu vous a conservé votre chère enfant : nous ensommes transportés, et je vous embrasse dans cette joie avecune tendresse dont je crois que vous ne doutez pas. *

256. Au comte de Bussy.

A Paris, ce 3 novembre 1688.

Jai été si occupée, mon cher cousin, à prendre Philisbourg,quen vérité je nai pas eu un moment pour vous écrire. Je mé-tais fait une suspension de toutes choses, à tel point que jétaiscomme ces gens dont lapplication les empêche de reprendre leurhaleine. Voilà donc qui est fait, Dieu merci ; je soupire commeM. de La Souche, je respire à mon aise. Et savez-vous pourquoijétais si attentive? cest que ce petit marmot de Grignan y était.Songez que cest un enfant de dix-sept ans qui sort de des-sous laile de sa mère, qui est encore dans les craintes quil ne