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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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1)E MADAME DE SÊVIGNÊ.

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Songez à M. de La Vergne 1 , et à moi, si vous voulez ; mais en-fin, promettez-moi de prendre toujours le plus long et le plussûr : il n’y a nulle comparaison entre s’ennuyer et se noyer.N’était-ce pas Pauline qui était avec vous dans cette litière? hébien! son petit nez vous déplaisait-il? Vous me coupez biencourt quelquefois sur des détails que j’aimerais à savoir : vouscroyez que je vous en écrirai moins; point du tout, ma très-chère, je ne me règle point sur vous. Votre frère est à la nocede mademoiselle de La Goste à Saint-Brieux : M. de Chaulnes yétait; sans ce gouverneur, le marié s’en serait enfui. Il me sem-ble que j’ai bien des excuses à vous faire du siège de Manheim :on m’assurait si fort que ce ne serait rien, que j’espérais devous le faire passer insensiblement: mais, ma fille, c’en estfait; et si vous aviez souhaité, vous n’auriez pas pu désirer autrechose. Tâchez donc de dormir tout de bon, je vous réponds dureste. La fable du Lièvre 8 est tellement faite pour votre état,qu’il semble que ce soit vous qui la fassiez :

Jamais un plaisir pur, toujours assauts divers , etc.

Vous y pourriez ajouter encore :

Corrigez-vous , dira quelque sage cervelle.

Eh ! la peur se corrige-t-elle ?

Mais vous ne pourriez pas dire :

Je crois même qu'en bonne foi

Les hommes ont peur comme moi ;

car je trouve que les hommes n’ont point de peur. C’est une heu-reuse vieillesse que celle de M. l’archevêque : je suis bien hono-rée de son souvenir. J’attaquerai un de ces jours le coadjuteur;je lui parlerai du bon ménage que nous faisions à Paris; je suisravie qu’il vous aime, et plus pour lui que pour vous; car ce neserait pas bon signe pour son esprit et pour sa raison , que devous être contraire. J’aime Pauline : vous me la représentezavec une jolie jeunesse et un bon naturel : je la vois courir par-tout, et apprendre à tout le monde la prise de Philisbourg ; jela vois et je l’embrasse : aimez , aimez votre fille, c’est la plusraisonnable et la plus jolie chose du monde ; mais aimez tou-jours aussi votre chère maman, qui est plus à vous qu’à elle-inême.

M. de Bailli vient de sortir : il vous fait cent mille bredouille-

* M. l'abbé de la Vergne-Tressau fut entraîné dans sa litière comme il passait leGardon, petife rivière profonde, et fut noyé par l'imprudence et par l’obstinationde son muletier, le 5 avril 1684 .

* Fable de La Fontaine , Le Lièvre et les Grenouilles , livre 11, fable t4*