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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

mandé à M. le chevalier que le roi dAngleterre était arrivé àBoulogne, un autre dit à Breêt ; un autre dit quil est arrêté enAngleterre ; un autre, quil est péri dans les horribles tempêtesquil y a eu sur la mer : voilà de quoi choisir. Il est sept heu-res; M. le chevalier ne fermera son paquet quau bel air de onzeheures; sil sait quelque chose de plus assuré, il vous le man-dera. Ce qui est trcs-certain, cest que la reine ne veut pointsortir de Boulogne, quelle nait des nouvelles de son mari : ellepleure, et prie Dieu sans cesse. Le roi était hier fort en peine deSa Majesté Britannique. Voilà une grande scène : nous sommesattentifs à la volonté des dieux,

. Et nous voulous apprendre

Ce quils ont ordonné du beau-père et du gendre *.

Je reprends ma lettre, je viens de la chambre de M. le cheva-lier. Jamais il ne sest vu un jour comme celui-ci : on dit quatrechoses différentes du roi dAngleterre, et toutes quatre par debons auteurs. Il est à Calais ; il est à Boulogne ; il est arrêté enAngleterre ; il est péri dans son vaisseau ; un cinquième dit àBrest; et tout cela tellement brouillé, quon ne sait que dire.M. Courtin dune façon, M. de Reims dune autre, M. de Lamoi-gnon dune autre. Les laquais vont et viennent à tout moment.Je dis donc adieu à ma chère fille, sans pouvoir lui rien dire depositif, sinon que je laime comme le mérite son cœur, et commele veut mon inclination, qui me fait courir dans ce chemin àbride abattue.

2611. A madame de Grignan.

A Paris, lundi 3 janvier 1689.

Votre cher enfant est arrivé ce matin ; nous avons été ravis dele voir, et M. du Plessis : nous étions à table ; ils ont dîné mira-culeusement sur notre dîner, qui était déjà un peu endommagé.Mais que navez-vous pu entendre tout ce que le marquis nous adit de la beauté de sa compagnie '. Il sinforma dabord si la com-pagnie était arrivée, et ensuite si elle était belle: Vraiment,monsieur, lui dit-on, elle est toute des plus belles ; cest unevieille compagnie qui vaut bien mieux que les nouvelles. Vouspouvez penser ce que cest quune telle louange à quelquun quonne savait pas qui en fût le capitaine- Notre enfant fut transportéle lendemain de voir cette belle compagnie à cheval, ces hommesfaits exprès, choisis par vous qui êtes la bonne connaisseuse,ces chevaux jetés dans le même moule. Ce fut pour lui une-

* La mort de Pompée, tragédie de Corneille.