501 )
LETTRES
mandé à M. le chevalier que le roi d’Angleterre était arrivé àBoulogne, un autre dit à Breêt ; un autre dit qu’il est arrêté enAngleterre ; un autre, qu’il est péri dans les horribles tempêtesqu’il y a eu sur la mer : voilà de quoi choisir. Il est sept heu-res; M. le chevalier ne fermera son paquet qu’au bel air de onzeheures; s’il sait quelque chose de plus assuré, il vous le man-dera. Ce qui est trcs-certain, c’est que la reine ne veut pointsortir de Boulogne, qu’elle n’ait des nouvelles de son mari : ellepleure, et prie Dieu sans cesse. Le roi était hier fort en peine deSa Majesté Britannique. Voilà une grande scène : nous sommesattentifs à la volonté des dieux,
. Et nous voulous apprendre
Ce qu’ils ont ordonné du beau-père et du gendre *.
Je reprends ma lettre, je viens de la chambre de M. le cheva-lier. Jamais il ne s’est vu un jour comme celui-ci : on dit quatrechoses différentes du roi d’Angleterre, et toutes quatre par debons auteurs. Il est à Calais ; il est à Boulogne ; il est arrêté enAngleterre ; il est péri dans son vaisseau ; un cinquième dit àBrest; et tout cela tellement brouillé, qu’on ne sait que dire.M. Courtin d’une façon, M. de Reims d’une autre, M. de Lamoi-gnon d’une autre. Les laquais vont et viennent à tout moment.Je dis donc adieu à ma chère fille, sans pouvoir lui rien dire depositif, sinon que je l’aime comme le mérite son cœur, et commele veut mon inclination, qui me fait courir dans ce chemin àbride abattue.
2611. A madame de Grignan.
A Paris, lundi 3 janvier 1689.
Votre cher enfant est arrivé ce matin ; nous avons été ravis dele voir, et M. du Plessis : nous étions à table ; ils ont dîné mira-culeusement sur notre dîner, qui était déjà un peu endommagé.Mais que n’avez-vous pu entendre tout ce que le marquis nous adit de la beauté de sa compagnie '. Il s’informa d’abord si la com-pagnie était arrivée, et ensuite si elle était belle: Vraiment,monsieur, lui dit-on, elle est toute des plus belles ; c’est unevieille compagnie qui vaut bien mieux que les nouvelles. Vouspouvez penser ce que c’est qu’une telle louange à quelqu’un qu’onne savait pas qui en fût le capitaine- Notre enfant fut transportéle lendemain de voir cette belle compagnie à cheval, ces hommesfaits exprès, choisis par vous qui êtes la bonne connaisseuse,ces chevaux jetés dans le même moule. Ce fut pour lui une vé-
* La mort de Pompée, tragédie de Corneille.