LETTRES
51Ü
en trouverez très-bien; vous finirez, à la vérité, le plaisir etl’occupation des Provençaux : mais vous retranchez de sottespétoffes. M. deBarillon est arrivé; il a trouvé un paquet de fa-mille , dont il ne connaissait pas tous les visages. Il est fort en-graissé. Il dit à M. de Harlai : « Monsieur, ne me parlez point« de ma graisse, je ne vous dirai rien de votre maigreur. » Ilest vif, et ressemble assez par l’esprit à celui que vous connais-sez. Je ferai tous vos compliments, quand ils seront vraisem-blables; je lésai faits à madame de Sully, qui vous en rendmille de très-bonne grâce; et à la comtesse (de Fiesque), qui esttrop plaisante sur M. de Lauzun, qu’elle voulait mettre sur lepinacle, et qui n’a encore ni logement à Versailles, ni les en-trées qu’il avait. Il est tout simplement revenu à la Cour ; son ac-tion n’a rien de si extraordinaire ; on en avait d’abord composéun fort joli roman.
Cette Cour d’Angleterre est tout établie à Saint-Germain ; ilsn’ont voulu que cinquante mille francs par mois, et ont régléleur Cour sur ce pied. La reine plaît fort ; le roi cause agréable-ment avec elle, elle a l’esprit juste et aisé. Le roi avait désiréque madame la Dauphine y allât la première; elle a toujours sibien dit qu’elle était malade, que cette reine vint la voir il y atrois jours, habillée en perfection; une robe de velours noir, unebelle jupe, bien coiffée, une taille comme la princesse de Conti,beaucoup de majesté. Le roi alla la recevoir à son carrosse ; ellefut d’abord chez lui, où elle eut .un fauteuil au-dessus de celui duroi ; elle y fut une demi-heure, puis il la mena chez madame laDauphine, qui fut trouvée debout; cela fit un peu de surprise :la reine lui dit : « Madame, je vous croyais au lit. —Madame,« dit madame la Dauphine, j’ai voulu me lever, pour recevoir« l’honneur que Votre Majesté me fait. » Le roi les laissa, parceque madame la Dauphine n’a point de fauteuil devant lui. Cettereine se mit à la bonne place, dans un fauteuil, madame la Dau-phine à sa droite, Madame à sa gauche, trois autres fauteuilspour les trois petits princes : on causa fort bien plus d’une de-mi-heure; il y avait beaucoup de duchesses, la Cour fort grosse.Enfin, elle s’en alla ; le roi se fit avertir, et la remit dans soncarrosse. Je ne sais jusqu’où le conduisit madame la Dauphine;je le saurai. Le roi remonta, et loua fort la reine ; il dit : « Voilà« comme il faut que soit une reine, et de corps et d’esprit, te-« nant sa Cour avec dignité. » Il admira son courage dans sesmalheurs, et la passion qu’elle avait pour le roi son mari ; caril est vrai qu’elle l’aime, comme vous a dit cette diablesse de
madame de R. Celles de nos dames qui voulaient faire les
princesses, n’avaient point baisé la robe de la reine, quelquesduchesses en voulaient faire aillant : le roi l’a trouvé fort mau-